N° 976 06/05/2026 Les compagnies pétrolières internationales ont cessé une partie de leur activité dans la zone de conflit entre l’Iran et les États-Unis alliés à Israël. Pour autant, leur profitabilité pourrait se maintenir du fait de la montée du prix du pétrole et du gaz sur le marché international.
Il n’en est pas de même au sujet des industries manufacturières aval. Pour la fabrication de certains produits (ammoniac, nylon), le gaz représente 80% du coût variable de production. Le prix du gaz a plus que doublé depuis le début des hostilités. Les coûts sont ensuite répercutés vers les secteurs aval, ainsi, l’augmentation des coûts des engrais touche la filière agricole.
La hausse du prix du pétrole dégrade les conditions de production des polymères et déjà quatre groupes industriels ont déclaré des cas de « force majeure » en Europe :
- Ineos (Royaume-Uni) : un site à Lavera (13) et à Sarralbe (57) ;
- LyondellBasell (Etats-Unis) : un site à Berre-l’Etang (13), à Fos sur Mer (13) et Oyonnax (01) ;
- Indorama (Indonésie) : un site à Longlaville (54) et à Verdun (55). Le premier site est déjà en procédure de fermeture.
Le quatrième, Sabic (Arabie Saoudite) détient des sites au Bénelux, en Allemagne et au Royaume-Uni.
L’association Elipso (fabricants européens d’emballages plastiques) a contesté l’invocation de la force majeure car, selon elle, l’augmentation des coûts de production ne constituerait pas juridiquement un cas de force majeure (les quatre industriels évoquent également des perturbations dans la chaîne d’approvisionnement).
Alors que les industries européennes rencontrent de grandes difficultés, la pétrochimie des États-Unis, reposant sur le gaz de schiste local au prix déconnecté des aléas du marché mondial, augmente ses exportations vers l’Europe (déjà +29% depuis 2019) et, dans le contexte actuel, pourrait accroître son avantage compétitif. Par suite, le déclassement de quelques unités européennes de vapocraquage serait à craindre. D’autre part, la Chine, qui jouait jusqu’alors un rôle de fournisseur « tampon » de l’Europe, a privilégié son marché intérieur et réduit ses ventes vers l’Europe (mais à des prix plus volatiles…).
Autre ressource concernant la pétrochimie européenne : la réallocation du naphta disponible au détriment des carburants (d’où des rumeurs de pénurie à venir). Bref, entre le plastique et le plein de carburant, un choix sera peut être nécessaire.
De plus, le fret maritime (80% du commerce mondial transite par les mers) devient plus onéreux à cause du coût de l’énergie et l’allongement des trajets. Les prix de fret entre l’Europe et la Chine ont été multipliés par 3 (signifiant qu’ils sont plus chers mais pas forcément chers – voir les conditions des marins et les coûts environnementaux).
Par effet de cascade, les conséquences du conflit au Moyen Orient devraient toucher tous les secteurs d’activités industrielles. Le discours dominant demeure un prudent « optimisme » avec une croissance faible en 2026 (sûrement inférieure à 1%), dans une situation pas plus dramatique que 2025. Pour autant, le début de l’année s’est caractérisé par une consommation et des investissements faibles (croissance 0 au premier trimestre) et la situation générale ne s’est guère améliorée comme nous l’avons vu précédemment dans les secteurs industriels clefs. Certes, les autorités politiques ne vont pas annoncer des jours mauvais de crise profonde de peur de les précipiter. Cependant, beaucoup de paramètres laissent à penser que même dans l’hypothèse d’une fin du conflit au Moyen Orient, il faudra du temps afin de remettre en route les flux de marchandises et d’énergies.
La situation présente montre que la question des hydrocarbures liquides et du gaz ne se résout pas à la question énergétique, les industries chimiques, pharmaceutiques, la plasturgie et bien d'autres en sont profondément dépendantes. Ces industries sont aujourd'hui en première ligne de l'onde de choc propagée par la guerre impérialiste au Moyen-Orient. Si elle fragilise l'Asie et l'Europe elle donne dans l'instant un avantage concurrentiel aux États-Unis gros producteurs de gaz et de pétrole, ouvrant ainsi la voie à des rapports de force nouveaux entre les monopoles du secteur dans le monde.




