La dernière réunion de Choose France, versaillaise – comme c’est l’usage, s’est tenue ce premier juin 2026 et a été l’occasion de dévoiler les intentions des investisseurs, avec une annonce record de 93 milliards d’investissements étrangers cumulés (71 projets), pour une perspective non moins exaltante de… 15.600 emplois directs créés.
Il convient de le noter l’essentiel de l’investissement provient de la décision de la banque japonaise Softbank d’investir dans le domaine des centres de données (45 milliards d’€ d’ici 5 ans) ainsi que le gestionnaire de portefeuille canadien Brookfield (10 milliards d’€ supplémentaires afin d'atteindre à terme 30 milliards d’€). Cette ferveur des milieux financiers pour l’IA (en fait, plus précisément pour les centres de données, sorte de fermes dont les financiers espèrent tirer une rente juteuse) s’inscrit dans le plan pharaonique de notre Président de la République, voutant faire de la France un eldorado des data centers (sic).
BPIFrance et le fonds émirati MGX annoncent qu’ils vont débloquer 7,5 milliards d’€ pour une « nouvelle infrastructure liée à l’IA » (sic), terme désignant essentiellement un centre de données.
Le groupe taïwanais Foxconn annonce un investissement de 120 millions d’€ pour lancer des lignes de productions de serveurs et de centres de données dédiés à l’intelligence artificielle, en partenariat avec le spécialiste français des supercalculateurs Bull (ex filiale d’Atos). Ces lignes seront ouvertes sur les sites industriels du partenaire français, principalement à Angers. L’’objectif est d’assembler des centres de données et des serveurs, dont les pièces seront produites dans les usines de Foxconn en République tchèque. A plus long terme, l’un des objectifs du partenariat est de produire des cartes mères.
Dans le domaine industriel classique, le groupe sidérurgique italien Marcegaglia devrait doubler la mise pour son projet d’aciérie à Fos-sur-Mer (reprise d’un site d’Ascométal, en liquidation judiciaire) avec 600 millions d’€ supplémentaires après une première tranche destinée à maintenir l’activité sur le site. Il s’agira de la première nouvelle aciérie en France depuis plus de 50 ans et du premier grand laminoir depuis cette période», a indiqué le groupe italien.
L’acier sera produit dans des fours électriques. Le sidérurgiste et EDF ont déjà signé un premier accord de fourniture sur au moins 10 ans à partir de 2029 (pour la moitié des besoins) dans le cadre d’un contrat d’allocation de production nucléaire (CAPN) protègeant le consommateur des aléas à la hausse du marché.
Dans son incantation de clôture concernant la dernière édition de Choose France son sous auguste président, Emmanuel Macron a évidemment fanfaronné et vanté les efforts du pays pour attirer les capitaux étrangers, sans, bien sûr, préciser combien cela pesait sur les budgets publics. Même si selon lui, « nous sommes le pays le plus attractif d’Europe », il a indiqué deux priorités : « simplifier », mot d’ordre de l’Union européenne, et « accélérer », et dans ce sens, des mesures ont déjà été prises notamment en termes d’enquêtes publiques préalables.
Pour autant, « si on compare avec le reste du monde, on voit qu’on peut faire mieux » a-t-il révélé à son public d’investisseurs avertis. Il est revenu alors sur la préférence européenne notamment, concernant les batteries. C'est d’une cocasserie achevée, puisque le but de Choose France est bien de capter des flux de capitaux au détriment des voisins. Par exemple, le milliard que le sidérurgiste italien va consacrer à son usine dans les Bouches du Rhône, ne sera pas disponible pour le renforcement de la sidérurgie sur le territoire transalpin. Bref, le jeu de la bataille de l’attractivité est un jeu à somme nulle.
Les éléments principaux des centres de données, il convient de le noter que l ne seront pas nécessairement produits en France. Tous les milliards annoncés ne seront pas injectés dans l’économie française puisque les composants des centres de données seront produits ailleurs. Et une partie des revenus serait captée par une banque japonaise ou autre investisseur étranger. Quant aux effets induits par la présence de centres de données sur le territoire français, ils restent à démontrer si tant soit peu possible de tracer les usages et circulations des données.
L’emphase versaillaise de notre Président contraste fortement avec l’actualité économique et sociale que nous commentons semaine après semaine. Il s’agit plus souvent de fins d’activités industrielles et commerciales que de développement. Ensuite, les engouements successifs nous renseignent au sujet du désarroi des gardiens du temple capitaliste : les énergies renouvelables, l’hydrogène, les batteries (voitures électriques) maintenant les centres de données et l’IA.
En parallèle, l’industrie d’armement est redevenue un centre d’intérêt. Là, c’est du solide gagé sur la commande publique et non sur la séduction d’investisseurs en recherche de placements lucratifs. Mais c’est plus inquiétant !




