L’IA et l’effervescence d’investissement autour de l’infrastructure des centres de données aurait créé environ 750.000 emplois, chiffre impressionnant certes mais à mettre en relation avec celui de la population active totale de 175 millions.
Cette vigueur d’activité est encouragée par une envolée des actions des entreprises impliquées dans cette ruée vers la donnée. Ainsi, selon la Réserve Fédérale (banque centrale états-unienne), au deuxième trimestre 2026, les portefeuilles d’actions détenus par les particuliers ont atteint une valeur brute de $63.000 milliards (plus du double du PIB national états-unien) et les investisseurs étrangers ne sont pas en reste puisqu’ils ont acquis depuis 2022 pour $39. 000 milliards de titres financiers états-uniens (actions, obligations). Bref, les États-Unis ont, comme souvent, littéralement pompé dans l’épargne mondiale.
Mais il existe un problème : alors que les sommes à investir sont prodigieuses (de l’ordre du millier de milliard) et d’autant plus que les prix des composants principaux des centres de données sont en forte augmentation (+20% sur un an en août 2026), les grandes entreprises du secteur (Amazon, Meta, Microsoft, Alphabet) dégagent péniblement $100 milliards de leurs activités actuelles, autant dire, une misère. A titre de comparaison, l’année précédent, les ordres de grandeurs étaient plutôt de $200 milliards de revenu net, pour $300 milliards d’investissement.
Les zélotes de l’IA, il n’est donc guère étonnant, ont vanté le bond technologique en perspective lié à généralisation de cette technique, des fabuleux gains de productivité attendus qui multiplierait, comme d’autres les petits pains, le revenu national. Les boursicoteurs les ont crû (d’où la flambée des cours de bourse) et certains se sont même endettés afin de participer à la fête. Avec ces valorisations, les arguments auprès des apporteurs de fonds (banques, fonds d’investissement) sont plus solides. Mais une partie des apports des prêteurs tient principalement à leur placement financier dans les actions de ceux , aujourd’hui, les invitant à financer les infrastructures de l’IA. Un cercle parfait.
Il y aurait donc comme un problème : les merveilles promises par l’argent magique devraient s’évaporer face aux dures réalités matérielles de l’IA et des centres de données. Mais, le lecteur attentif l'aura compris beaucoup d’acteurs ont intérêt à soutenir contre toute vraisemblance les contes autour de l’IA pour repousser la perspective de l’écroulement fracassant du château de carte.
Anthropic, dont le patron s’est fait connaître par ses scrupules quant à la malfaisance de son produit, se propose en novembre prochain de lever $100 milliards en proposant une part de capital à la Bourse. Sur cette base, l’entreprise « vaudrait » $2.000 milliards. Il s’agira d’un bon test pour évaluer la crédibilité de la fable IA et apprécier si les esprits commencent enfin à se dessiller un peu.
S’il est concevable que l’IA participe à des gains globaux de productivité (quoique des doutes émergents au sujet de sa capacité à progresser à partir des données produites par elle-même), Quant au « prix de l’IA » celui-ci est appelé à baisser (une baisse déjà constater, notamment sous l’effet de la concurrence chinoise) et par suite, les profits du secteur en seront érodés. Et donc, il n’est pas certain qu’Anthropic vaudra longtemps $2.000 milliards.
Probablement, la saga de l’IA restera dans l’histoire comme un nième acmé du capitalisme en perpétuelle recherche de niches d’extraction de plus-value, mais, force est de le constater, de plus en plus souvent à partir d’un gonflement massif de capital fictif. A la fin, aussi, le monde du travail, toujours, paie la facture. Il n’existe décidément pas d’autres solutions que de sortir de ces cycles infernaux, en un mot, choisir une autre organisation sociale et économique décidée par les travailleurs.




