N° 923 27/04/2025 Situation économique et sociale
Bayrou lors de la conférence de presse sur « l’état des finances publiques » nous a rejoué, j’emprunte le titre d’un des articles de l’Hebdo de la semaine dernière- « Le coup de la dette publique – bis repetita ad infinitum » justifiant les 40 milliards d’euros d’économies à faire en 2026.
Bayrou a « soumis » des pistes à la réflexion des Français élaborées avec le ministre de l’Economie, la Cour des comptes et le Medef afin de réduire les dépenses publiques. Il donnera les grandes orientations et les grands choix pour le budget 2026 avant le 14 juillet.
Ce laps de temps permettra aux uns et aux autres, ministres, partis politiques, syndicats et organisations patronales, d’intervenir régulièrement dans les media en vue de justifier, persuader que de nouvelles réformes sont indispensables « pour garantir la survie de notre modèle social » dixit Bayrou, entendez pour sauver les profits du capital.
Les « dépenses publiques », sont principalement ciblées. Bayrou a développé tout un argumentaire persuadant que c’est le seul angle d’attaque qui permettra de réduire la dette.Il est significatif que « recettes publiques » n’ai été employé qu’a deux reprises et seulement quand Bayrou a rapidement comparé, sur un graphique, la part des recettes publiques et celle des dépenses publiques dans le PIB« nous n’avons pas assez de ressources, parce que nous dépensons trop par rapport à nos recettes… nous sommes le pays du monde qui dépense le plus en argent public »
Le ministre de l’Économie, E. Lombard, a précisé que les 40 milliards d’euros d’économies seront répartis équitablement entre les budgets de l’État, la Sécurité sociale et les collectivités. Quant au ministre des armées Sébastien Lecornu c’est une augmentation de 40 milliards d’euros qu’il devrait recevoir pour faire passer le budget de son ministère de 50 actuellement à 90 milliards d’euros en 2030…
Je rappellerai succinctement l’analyse faite par notre parti de la conférence du 15 avril et les conséquences des choix : « le gouvernement tire à boulets rouges contre les dépenses d’argent public…entrainant des conséquences graves sur la fonction publique territoriale, la culture, le médico-social, les universités, l’hôpital avec des suppressions de postes, la dégradation des conditions de travail … Macron et Bayrou ont commencé à évoquer de nouvelles mesures pour durcir les conditions d’indemnisation des demandeurs d’emploi, dégager pas moins de 3,6 milliards d’euros d’économies annuelles »[1]
Je reviendrai sur quelques-unes des « pistes évoquées » comme prioritaires par Bayrou, significatives de la politique austéritaire aggravée du gouvernement et de la casse des services publics que le gouvernement et le capital veulent mener à marche forcée.
⁕ suppression de l’abattement fiscale de 10% : Les retraités dont la pension mensuelle dépasse 1453 euros deviendraient imposables.
Concernant les retraités aisés, forcément, la suppression de l'abattement n'aurait aucun impact sur la décote : ils n'en bénéficient pas. La décote « profite » uniquement aux foyers modestes.
La suppression de l'abattement aurait un impact bien au-delà de l’impôt sur le revenu et une incidence directe sur le revenu fiscal de référence (RFR) des retraités. Les taux de CSG sont fixés en fonction du RFR, s’il augmente la CSG peut passer de 3,8% à 6,6%.
Le président du Medef, Patrick Martin, le juge « aberrant ». « Qu’un retraité bénéficie d’une exonération fiscale …c’est contre-nature et aberrant », mais il trouve tout à fait normal que les dividendes français aient atteint un montant record de 68,8 milliards d’euros et que la France soit au top 4 des pays qui versent le plus de dividendes[2]. Pas plus qu’il ne s’offusque des 170 milliards d’euros d’aides d’État versés par an aux entreprises (Marc Auberger, inspecteur général des finances).
⁕ Remboursement des frais de santé en fonction des revenus. Pour baisser les dépenses de l’assurance maladie, Moscovici président socialiste de la Cour des comptes propose une suggestion rappellant l'une des propositions de Nicolas Sarkozy de 2007qui pour « rendre le système de Sécurité sociale plus juste » proposait que les dépenses de soins soient remboursées en fonction des revenus. Proposition défendue là aussi par le président de la deuxième Cour des comptes, B. Fragonard.
C’est une remise en cause du principe d’universalité, une des idées fondatrices de la Sécurité sociale « chacun cotise selon ses moyens, reçois selon ses besoins »
⁕ Economies et restructurations c’est ce que la Cour des comptes prépare dans une note concernant l'Objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam) pour la loi de financement de la Sécurité sociale de 2026. Alors que le déficit des hôpitaux publics s’est encore aggravé en 2024 et atteint 3,5 milliards d’euros. Rendre un hôpital public incapable de remplir ses missions en l’étouffant financièrement donne tous les arguments pour le fermer
« Restructurer les services hospitaliers qui ne présentent pas de garanties suffisantes de qualité et de sécurité des soins » : à nouveau il est question« d’une réorganisation territoriale des parcours de soins qui passe par des solutions fondées sur des regroupements au sein des groupements hospitaliers de territoire ».
Diminuer les dépenses sociales est un choix politique, tous les gouvernements ont décidé sciemment de diminuer les recettes par des suppressions et des exemptions de cotisations sociales, en 2023 elles se sont élevées à 80 milliards d’euros.
Ce qui est programmé est une dégradation sans précédent de l’offre et de la qualité publique de soins. Le gouvernement brade la santé et le système de protection sociale universelle et solidaire pour le livrer aux financiers.
La déclaration d’Ambroise Croizat « Jamais, nous ne tolérerons que soit renié un seul des avantages de la Sécurité Sociale. Nous défendrons (...) avec la dernière énergie, cette loi humaine et de progrès. » est plus que jamais d’actualité.
La dette publique est un instrument privilégié du capitalisme pour privatiser l’économie, provoquer un appauvrissement massif,occulter l’exploitation, « les travailleurs sont appelés à plus de responsabilités pour faire face à la dette publique…[elle] fait partie de l’arsenal idéologique du Capital lui permettant d’orienter les politiques publiques et de briser toute velléité de la part du monde du travail de sortir du carcan ainsi imposé.[3]
Face aux attaques massives contre les salaires, la santé, l’éducation, à la politique austéritaire qui franchit un nouveau cap avec Bayrou, il est urgent de construire un rapport de force, dans les entreprises, les services. Les travailleurs ont dû lutter sans cesse pour améliorer leurs conditions de vie et seules les luttes ont permis des avancées sociales. Le « dialogue social » ne sert que les intérêts du capital et crée des illusions. Plus que jamais face à l’autoritarisme de Macron et son gouvernement à leur volonté de continuer les attaques, il va falloir uniquement compter sur nos luttes afin d’affronter la période et arracher nos revendications.
Ce n’est pas en participant au « comité d’alerte sur le budget » avec des ministres, des parlementaires et des présidents d’organisations patronales, en assistant à la conférence de Bayrou que les organisations syndicales organiseront la lutte des travailleurs, c’est un abandon de la lutte de classe, qui s’apparente à une trahison de la classe ouvrière.
En sortant d’une réunion à Bercy où les syndicats CGT,CFDT, FO, CFE-CGC et CFTC se sont entretenus avec les ministres du Travail (Catherine Vautrin et Astrid Panosyan-Bouvet), des Comptes publics (Amélie de Montchalin), du Commerce extérieur (Laurent Saint-Martin), de l’Industrie (Marc Ferracci), la secrétaire d’État chargée du Numérique (Clara Chappaz) pour évoquer « les potentiels effets de la hausse des droits de douane américains sur l’emploi en France », S. Binet, secrétaire nationale de la CGT s’est réjouie d’avoir imposé une réunion hebdomadaire afin de suivre les entreprises en difficulté, dans un contexte de guerre commerciale avec les États Unis, se tienne entre ministères de l’Économie et du Travail, patronat et organisations syndicales ! Les travailleurs n’auront rien à tirer de ces compromissions
Une politique de dialogue social, de collaboration de classe et une absence totale de plan de bataille pour combattre l’austérité et la vague de licenciements. L’urgence est à la mobilisation des travailleurs stoppant net le plan austéritaire en s’attaquant aux licenciements. Cela passe par la construction d’une riposte dans le but de refuser l’austérité et les licenciements en affrontant les grands capitalistes sans concession.
International
Relation France Algérie, Pourquoi « les relations diplomatiques entre la France et l’Algérie sont-elles si dégradées ? » certains media se posent la question : expulsion d’immigrés, affaire Boualem Sansal, Sahara occidental… Depuis 2024 les relations entre la France et l’Algérie connaissent une grave crise.Le 30 juillet 2024,dans une lettre adressée au roi du Maroc, Macron affirme : « le présent et l’avenir du Sahara occidentals’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine ».
La reconnaissance unilatérale par Emmanuel Macron de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, en contradiction avec le droit international a justement« choqué » Alger. Récemment le planisphère affiché dans la salle de la commission des affaires étrangères du Palais-Bourbon, intègre le Sahara occidental au Maroc[4]. Notre Parti a toujours affirmé son engagement en faveur du droit à l'autodétermination du peuple sahraoui.
Palestine, Toutes les semaines un article dans l’Hebdo est consacré à la lutte des Palestiniens et à la condamnation du génocide du peuple palestinien par L’État sioniste colonisateur.
Au niveau international la condamnation et les manifestations contre le génocide et le soutien au peuple palestinien sont de plus en plus nombreuses.
La semaine dernière malgré la répression et les pressions de leur direction, une majorité des dockers du port de Tanger et de Casablanca au Maroc ont décidé de s'opposer à la livraison d’armes vers Israël pour dénoncer le génocide à Gaza bloquant les porte-conteneurs « Nexoe Maersk », suspecté de transporter des pièces d’avions militaires.
Le vendredi 18 avril, une escale du Nexoe à Casablanca a donné lieu à un rassemblement populaire aux abords du port, suivi le dimanche 20 avril, de manifestations simultanées à Casablanca et à Tanger, afin de protester contre l’accostage du porte-conteneurs. Les deux manifestations ont été violemment réprimées par les forces d’État marocaines, intervenues pour empêcher les milliers de manifestants d’approcher les infrastructures
Il s’agit de la première initiative de blocage concrète lancée par les centrales syndicales depuis le début du génocide.
Liberté pour G. I. Abdallah
La campagne unitaire pour la libération de G. I. Abdallah, soutenue par de très nombreuses organisations dont le Parti Révolutionnaire Communistes avait appelé à un rassemblement pour commémorer la journée des prisonniers palestiniens et des prisonniers politiques puis exiger une nouvelle fois la libération de notre camarade Georges Ibrahim Abdallah. Nous avons publiédans l’Hebdo la déclaration lue lors de l’initiativedu 17 avril.
François Burgat
Directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste de l’Islam accusé du délit mensonger « d’apologie du terrorisme » par des organisations sionistes dont l’OJE (Organisation Juive Européenne) pour ses prises de position propalestiniennes - cf. hebdo n° 882 du 12 juillet2024 « Communiqué du Parti Révolutionnaire Communistes à propos des accusations « d’apologie du terrorisme » portées contre le chercheur François Burgat ». Le procureur Emmanuel Merlin a estimé que « le tribunal a un boulevard pour le condamner » pour apologie d’un acte de terrorisme. Il a requis huit mois de prison avec sursis, une amende de 4 000 euros, un bannissement judiciaire des réseaux sociaux pendant six mois et une inéligibilité durant deux années.
L’avocat représentant la Licra, Me Serge Tavitian a développé les arguments débités régulièrement dans tous les procès et qui entretiennent afin d’entretenirde perpétrer la confusion entre antisionisme et antisémitisme puis de museler la dénonciation du génocide en cours.
Les avocats de François Burgat ont fait intervenir Rony Brauman en qualité de témoin, médecin d’origine israélienne qui avait notamment co-signé la tribune « Soutenir Israël ? Pas en notre nom ! » en 2002. Il est revenu sur les différences entre antisémitisme et antisionisme, rappelant ceci « apologie du terrorisme et antisémitisme sont aujourd’hui utilisés pour faire taire toute critique. ». Le jugement aura lieu le 28 juin. Nous renouvelons notre solidarité à François Burgat et à tous ceux qui sont victimes des mêmes manœuvres d'intimidation, « nous dénonçons toutes ces actions judiciaires qui cherchent à faire passer la solidarité avec les Palestiniens pour de l’antisémitisme ou de l’apologie du terrorisme ».
[1]. Hebdo n°921, Pour affronter le gouvernement et le patronat, il faut un plan de bataille
[2]Le Figaro,5 mars 2025
[3]. Hebdo n° 921, « Le coup de la dette publique – bis repetita ad infinitum »
[4]. Hebdo n°885, Communiqué du Parti Révolutionnaire communistesconcernant la position de la France sur le Sahara Occidental. https://www.spsrasd.info/fr/2024/08/04/4603.html, déclaration de l’Organisation des Nations Unies, déclaration du 4août 2024




