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Maroc : l’émigration à tout prix pour fuir la misère et la répression

N° 778 20/07/2022 Le 24 juin des centaines de migrants ont tenté de passer la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Melilla.

Violemment repoussés par les forces armées frontalières, au moins une cinquantaine d’entre eux ont trouvé la mort. Une soixantaine ont été arrêtés et poursuivis par la justice marocaine pour entrée illégale sur le territoire. Les procès sont pour l’heure reportés.
En 2020, plus de 25 millions d’Africains ont migré à la recherche d’un avenir meilleur. Au Maroc, la moitié des 37 millions d’habitants envisagent d’émigrer et ce taux atteint 70 % chez les moins de 30 ans. Les moins de 24 ans constituent 45 % de la population totale. Quelles perspectives d’avenir leur pays leur offre-t-il pour les conduire si nombreux à l’émigration ? Le chômage frappe presque 32 % des jeunes qui ne sont ni en emploi ni en études, il est en augmentation continue. On comprend l’attrait de l’étranger quand on observe l’IDH (indice de développement humain) du Maroc qui plafonne à 0,64 quand ceux de l’Espagne, de la France atteignent respectivement 0, 90 et 0, 89. Quand 55% des adultes demeurent hors de la population active et 60 % dans l’économie dite « informelle » c’est-à-dire échappant au regard de l’Etat donc à toute règle. Règles qui quand elles existent restent souvent de simple affichage, ainsi l’école obligatoire jusqu’à 15 ans (depuis 2000) laisse 10 % des enfants de 7 à 14 ans au travail.
Aux secteurs traditionnels d’emploi de l’agriculture et de l’exploitation des phosphates, 125 000 salariés) sont venues s’ajouter les emplois externalisés par les multinationales attirées par les bas salaires et les multiples cadeaux fiscaux généreusement octroyés par sa Majesté Mohamed VI, serviteur zélé du capitalisme marocain et mondial. Emplois très peu qualifiés essentiellement dans le secteur tertiaire : banque, assurance, informatique que permet le niveau d’études d’une bonne partie de la main d’œuvre jeune bien au-delà des centres d’appels maintenant délocalisés dans des pays beaucoup plus défavorisés. BNP Paribas, Société générale Maroc, Suez, Axa sont d’importants pourvoyeurs d’emplois tout comme Renault, Peugeot ou Danone, Banque Attijariwafa dont l’activité dépasse depuis longtemps les simples transferts de fonds. Le nombre d’emplois très qualifiés ne permet pas d’absorber la main d’œuvre très formée qui continue à s’expatrier dans l’informatique ou la médecine. Le système de santé très peu développé souffre considérablement du manque de personnels, les soins de qualité ne sont réservés qu’à la couche la plus favorisée de la population urbaine tandis que les médecins marocains pallient le manque de praticiens en France.
L’économie marocaine peine encore à s’extirper du modèle de pays en voie de développement et son régime autocratique totalement dévoué au capital ne lui permet pas de l’envisager rapidement. On s’exile dans des conditions effroyables à Melilla ou en mer ou on ne compte plus les morts. Seule la puissance organisée de l’opposition politique et syndicale empêche une dégradation de la condition du peuple mais la répression féroce menée par le pouvoir limite ses actions et ce fut encore le cas lors de la grande journée d’action du 29 mai menée par le Front Social marocain (partis de gauche, syndicats et associations). Contre l’inflation (plus de 5 % et la vie chère, pour les libertés et la libération des prisonniers politiques, cette manifestation interdite comme toujours a quand même rassemblé plusieurs centaines de Marocains opposés aussi au rapprochement avec Israël, cet autre pilier de l'impérialisme US dans la région. Le pouvoir royal est prêt à tout pour jouer ce rôle de gendarme local du capitalisme mais le peuple maintient la pression.

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