Gantry 5

 

N° 917 20/03/2025  La conversation téléphonique Trump Poutine du 18 mars a beaucoup agité les rédactions, avant, pendant et après, comme si l'avenir de l'Humanité se résumait à deux personnages de plus ou moins bonne compagnie, dont les egos – sur dimensionnés dit-on - détermineraient cet avenir. Dans le même temps, la machine de propagande a envahi l'espace médiatique pour nous persuader que ces deux dirigeants, tout aussi fourbes que fous, s'entendraient comme larrons en foire ne nous laissant comme seule issue, celle de nous armer et de préparer la guerre au nom des valeurs démocratiques de l'Europe - celles qui lui font soutenir, comme d'ailleurs leur ennemi Trump les massacres coloniaux et le génocide, en Palestine - ...contre la Russie !
S'y retrouver demande de revenir à quelques fondamentaux que l'on peut résumer par :
Les puissances capitalistes dans le système impérialiste n'ont ni amis, ni ennemis, elles n'ont que des intérêts ! Ces intérêts sont ceux des grands groupes monopolistes industriels et financiers dont le besoin vital est de contrôler les sources de matières premières, les voies de communications, la recherche et les développements technologiques, la force de travail et les marchés. Les États à leur service qu'ils dirigent de fait ont la charge d'organiser leurs relations et leurs dominations pour permettre, au mieux dans les rapports de force mondiaux la réalisation des profits et la pérennisation de l'accumulation du capital. Pour cela, il n'y a, l'expérience historique le montre, aucune limite de la paix à la guerre en passant par les formes hybrides du soft-power (puissance douce) au rang desquels figurent la guerre culturelle et linguistique jusqu'à la guerre commerciale.
C'est sur ces bases, que nous avons dès le début qualifié la guerre sur le territoire de l'Ukraine de guerre au sein du système impérialiste1. L'Union Européenne et les États-Unis se sont largement impliqués dans le conflit, poussant à la confrontation avec la Russie, pour affaiblir une Russie capitaliste à la recherche de l'élargissement de sa zone d'influence et de ce qu'elle considère comme faisant partie des conditions de sa propre sécurité. Après trois années de guerre, des centaines de milliers de morts, des destructions massives, surtout en Ukraine, une issue militaire du conflit sans perspective immédiate, les États-Unis et leur nouvelle direction ont fait le choix stratégique d'aller vers un compromis avec la Russie, y compris au détriment de l'Ukraine. C'est bien la caractéristique de la paix impérialiste, celle du dépeçage de l'élément le plus faible. Au fond les États-Unis qui ont depuis longtemps désigné leur ennemi systémique : la République Populaire de Chine, n'ont pas grand chose à gagner du bourbier ukrainien et plus à récolter d'une normalisation avec la Russie dans un renouveau d'un business as usual (comme d'habitude) comme on dit. Il y a plus de perspective de ce côté-là sur le plan énergétique et des minerais, rares y compris. Ils entendent donc déléguer à l'Union Européenne en poussant à son réarmement, qui saura lui être profitable en termes de marché, tout en gardant un œil sur le feu au travers de l'OTAN qu'ils, jusqu'à preuve du contraire, dominent toujours et n'ont pas l'intention de quitter cette Alliance. Cette orientation, qui accentue des tendances anciennes de la politique états-unienne, a jeté un trouble, voire un vent de panique dans l'Union Européenne, qui compte bien participer aussi au dépeçage de l’Ukraine, et rouvert le jeu de puissance en son sein. Ainsi, l'Allemagne troisième puissance mondiale et première de l'UE, mais moins militaire, la capitulation du nazisme en 1945 l'y oblige, entend bien profiter de la fenêtre ouverte par le rearmeurop (réarmer l'Europe) de l'UE2 pour s'assurer les moyens de devenir une puissance impérialiste de plein droit. Cette tendance, contraste avec les discours lénifiants sur l'unité de l'Europe et l'agitation de la France afin d'en diriger le mouvement.
Le je t'aime moi non plus auquel nous assistons, n'est donc en réalité qu'un nouvel épisode de la lutte acharnée que se livrent les puissances capitalistes au sein du système impérialiste. Pour paraphraser un texte d'un dessin de Wolinski3 : "Nous pouvons avoir l'air divisé, nous pouvons nous haïr, mais lorsqu'il y a une charogne à partager, nous sommes unis..." car le lien qui les unit c'est celui de l'existence même du système d'exploitation de l'Homme par l'Homme : le capitalisme.
3 Wolinski, Dessins 1977-78, Éd de l'Humanité, 1978