N° 925 15/05/2025 Gaza et le « droit international »
Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l'ONU s’est adressé mardi 13 mai aux représentants des pays membres du Conseil de Sécurité : « Allez-vous agir, de façon décisive, pour empêcher un génocide à Gaza ? […] Israël impose délibérément et sans la moindre gêne des conditions inhumaines aux civils du territoire palestinien occupé », a-t-il décrit. Et de poursuivre : « Je peux vous dire, pour avoir visité moi-même ce qui reste du système de santé de Gaza, que la mort à cette échelle à un son et une odeur qui ne vous quittent pas. Comme une infirmière l’a décrit : "des enfants qui crient pendant qu’on arrache de leur peau le tissu brûlé" ».
Tom Fletcher reste un responsable de l’ONU et ne dit pas que le génocide est bel et bien en cours, contrairement à sa subordonnée Francesca Albanese, mais son alerte pèse néanmoins d’un poids certain.
Les pays membres du conseil de sécurité n’ont pas encore réagi. Pourtant, c’est factuel, sur les 36 hôpitaux de la bande de Gaza, aucun n'a été épargné, tous ont été bombardés, incendiés, endommagés, laissant les patients blessés, amputés, tout ceux atteint de cancer, sans espace pour recevoir leurs soins. Lors des 72 derniers jours, Israël n'a autorisé aucun morceau de pain, aucun verre d'eau, pas même un cachet médicamenteux... la famine est en cours.
L'eau potable est quasiment introuvable. La polio pourrait resurgir, le tétanos aussi. Les vaccins pour la population sont épuisés alors que les soldats israéliens, qui vont à Gaza, sont vaccinés.
Mustapha Barghouti, un responsable palestinien « modéré », qui a cru à la fable des Accords d’Oslo, membre du Conseil national palestinien, dirigeant de l’Initiative nationale palestinienne et président du Secours Médical palestinien réagit ainsi au génocide en cours : « Je suis personnellement traumatisé parce que j'ai cru les pays occidentaux quand ils disaient qu'ils défendaient la démocratie, les droits de l'homme, le droit international humanitaire... Où sont-ils ? Est-ce que le droit international existe encore ? ».
Ces dénonciations, venant de gens qu’on ne peut guère qualifier de révolutionnaires sont bien la preuve que ce concept de « droit international » est un vaste leurre. Il s’agit en fait du droit des impérialistes occidentaux, de l’impérialisme dominant. Ils fixent les règles, les changent à leur guise et décident même de les appliquer ou non, dans tel ou tel cas. Pour Gaza, les impérialistes occidentaux, souvent co-auteurs et profiteurs de la colonisation, n’ont aucune raison d’empêcher l’entité sioniste d’aller au bout du projet sioniste de Herzl, Ben Gourion et compagnie.
La solidarité internationale s’élargit
Alors que Netanyahu a déclaré exclure tout arrêt des combats et chercher des pays pour déporter les Palestiniens, en face, l’ampleur de la solidarité est de plus en plus forte. Ainsi, 380 acteurs et actrices issus de nombreux pays du monde ont signé une tribune dénonçant le silence du monde de la culture face au génocide des Palestiniens. Le mot « génocide » est cité tel quel, ce qui dénote un véritable engagement aux côtés des Palestiniens. « Nous artistes et acteurs de la culture, nous ne pouvons rester silencieux tandis qu'un génocide est en cours à Gaza » dit la tribune, qui évoque la photojournaliste Fatna Hassouna, victime d’un assassinat ciblé de la part des sionistes, par un bombardement dans lequel « Dix de ses proches, dont sa sœur enceinte, ont été tués par cette même frappe israélienne ». On peut enfin noter ce passage : « Nous ne pouvons rester silencieux, une telle passivité nous fait honte ». Parmi les signataires figurent des personnalités engagées depuis longtemps dans le combat de soutien à la Résistance palestinienne, comme Susan Sarandon, Richard Gere, Eric Cantona, Adèle Exarchopoulos ou encore Blanche Gardin dont la parole anticoloniale a eu des répercussions malheureuses sur sa carrière et d’autres qui se sont désormais réveillés, après avoir dormi un temps important.
Les tristes sires
Toutefois il est important de distinguer les signataires d’un texte de soutien authentique à Gaza de quelques sionistes de gauche, qui, sentant le vent du boulet et qui s’aperçoivent que les Gazaouis subissent l’enfer. L’auteur de BD Johann Sfar et la rabbine Delphine Horvilleur qui ont marqué le temps précédent par leur soutien inconditionnel à Israël, leur propension à nier les crimes de l’entité sioniste et à pourfendre les soutiens des Palestiniens en les accusant d’antisémitisme, ont tout d’un coup semblé changer leur fusil d’épaule. Ainsi, Horvilleur a écrit, entre autres, le 8 mai dernier : « Comme beaucoup d’autres Juifs, je veux dire que mon amour de ce pays [Israël] n’est pas celui d’une promesse messianique, d’un cadastre de propriétaire ou d’une sanctification de la terre. Il est un rêve de survie pour un peuple que personne n’a su ou voulu protéger et il est le refus absolu de l’annihilation d’un autre peuple pour le réaliser. Il est la conviction, déjà énoncée par ses fondateurs, que cet État doit être à la hauteur d’une histoire ancestrale et, selon les termes de sa déclaration d’Indépendance, "tendre la main" à tous les pays voisins et à leurs peuples. Cet amour d’Israël consiste aujourd’hui à l’appeler à un sursaut de conscience ». Il est bien clair qu’il n’y a aucune condamnation d’Israël, seulement un souci de se protéger. On peine à voir quand « Israël » a été ne serait-ce qu’un millième de ce qu’elle décrit.
Quant à Sfar, il a écrit : « Les juifs n’affament pas les enfants. Les juifs ont trop souffert pour supporter qu’on fasse du mal en leur nom ». Enfin, Anne Sinclair, elle-même, a dit son refus de « se murer dans le silence ».
Ces gens-là ne trompent personne, ils se sont trop longtemps moqués des enfants de Gaza pour qu’on leur accorde quelque confiance. Les deux mêmes, lors d’un show à l’ambassade de France en Israël ont mis plusieurs minutes à discourir sans répondre à la question qui leur était posée depuis la salle sur ce qu’ils pensaient de la politique de Netanyahu. Les actes inhumains de l’entité sioniste ne datent pas de 2023 ni de la création du Hamas. Ils ont près de 80 ans. Le problème ne vient pas de Netanyahu mais de l’ignoble idéologie sioniste.
Néanmoins la réaction de ces tristes sires est intéressante, car elle montre qu’il devient de plus en plus difficile de soutenir le génocide, devant la réprobation grandissante des peuples du monde. Il semble qu’un certain nombre de sionistes de « gauche » soient même prêts à « sacrifier » Netanyahu en lui collant toute la responsabilité du génocide et en occultant la leur.
Ajoutons une prestation non négligeable, la présidente du festival de Cannes, Juliette Binoche a évoqué l’assassinat de Fatna Hassouna dans son discours d’ouverture. Seulement, elle a « oublié » de dire qui l’avait tué. Aucune dénonciation de la colonisation, du sionisme, mais même pas le nom d’Israël prononcé. Plus tard, quand une journaliste d’Al Jazeera lui a demandé pourquoi elle n’avait pas signé la tribune des 380 artistes dont nous avons parlé plus haut, elle a refusé de répondre. Elle fait partie de ces artistes qui, loin d’avoir été tétanisés par la peur, comme le disent certains qui les excuses, ont toujours été du côté de la parole dominante et ne sortent vaguement du bois que parce que, pour eux, il y a le feu au lac.
La répression et les accusations d’antisémitisme
Pour autant l’activité antipalestinienne des organisations sionistes en France et de leurs relais d’État ne cesse pas, loin s’en faut. Thierry Ardisson, qui a eu une réaction horrifiée en évoquant le massacre à Gaza en sait quelque chose. Il a osé comparer Gaza à Auschwitz, le massacre de citoyens européens à celui de « sous-hommes » palestiniens, un crime de lèse-majesté sioniste et colonialiste. Le voilà antisémite. Quant au docteur Raphaël Pitti, qui a séjourné à Gaza, soigné et assisté au massacre, sa dénonciation du génocide, son interpellation de Macron qui ne fait rien ne sont pas passés. Des gens qui n’ont pas mis les pieds à Gaza et surtout pas depuis le 7 octobre 2023, qui sont tranquillement assis dans leur fauteuil pendant que leurs amis bombardent les hôpitaux, les marchés, les tentes de réfugiés et empêchent toute arrivée de nourriture ou de médicaments l’accusent de mentir.
Même Gilles Bouleau, le présentateur du journal de TF1, qui a osé poser la question à Macron : « Peut-on parler de génocide à Gaza ? » s’est attiré une volée de bois vert.
Si le rideau se déchire un peu, les gardiens du temple sont toujours là pour organiser le déchaînement et la répression contre ceux qui osent combattre le génocide et la colonisation perpétrés par les sionistes.
En conclusion
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, particulièrement en cette semaine qui coïncide avec le 75ème anniversaire de la Nakba, il faut plus que jamais un discours clair, anticolonialiste, antisioniste, dénonçant les acteurs, les complices de la colonisation de substitution mise en œuvre en Palestine, qui ressemble de plus en plus à celle de l’Ouest états-unien, perpétrée là aussi par des colons européens !!! Et il faut plus que jamais la solidarité active des peuples et des travailleurs du monde entier avec la résistance du peuple palestinien, à Gaza, en Cisjordanie, à Jérusalem. Il est plus que temps qu'une grande manifestation populaire s'organise pour soutenir la lutte de libération nationale du peuple palestinien et crier que les crimes cela suffit, que les droits légitimes du peuple palestinien doivent être reconnus.
Une telle manifestation doit porter la revendication d’une paix juste en Palestine. Une paix juste, c’est le démantèlement des colonies, le retour des réfugiés et un État palestinien indépendant. Pour notre part, nous portons aussi celle de la fin de l’État colonial d’apartheid, car son existence empêche une telle paix. Les travailleurs d’Israël ne peuvent être libres s’ils ne rompent pas avec le sionisme et continuent de se trouver objectivement et activement dans le camp des colonisateurs, des génocidaires. Il faut un État où tous les habitants jouissent des mêmes droits et puissent vivre ensemble, quelle que soit leur origine, en l’occurrence, un État palestinien démocratique.
Le Parti Révolutionnaire Communistes soutient plus que jamais les revendications fondamentales du mouvement de libération nationale palestinien : fin intégrale de l'agression militaire sioniste, droit au retour des réfugiés et formation d'un État palestinien sur le territoire de la Palestine mandataire.