N° 966 25/02/2026 Née en 1949 à Beyrouth, au sein d’une famille de la bourgeoisie palestinienne en exil, victime de la Naqbah, Leïla Shahid devient l’un des visages les plus identifiables de la diplomatie palestinienne en Europe pendant près de trente ans,
s'engageant dans les années 1970, au sein de l’Organisation de libération de la Palestine. occupe plusieurs postes en Europe (Irlande puis Pays Bas) avant d’être nommée en 1993 déléguée générale de la Palestine en France, au lendemain des accords d’Oslo. Proche de Yasser Arafat, elle représente la Palestine à Paris jusqu’en 2006, puis auprès de l’Union européenne à Bruxelles jusqu’en 2015.
Présente de manière régulière dans le débat public français, elle défend sans relâche la reconnaissance d’un État palestinien. Dans un paysage médiatique souvent réticent à employer les termes d’occupation ou de colonisation, elle tient la ligne.
Ces dernières années, celle-ci affrontait des problèmes de santé. Souffrant de dépression et profondément affectée par le génocide à Gaza, où elle compte de nombreux amis, mettant fin à ses jours dans sa maison cévenole.
Leîla Shahid, comme d’autres proches de Yasser Arafat avait compris, peut-être un peu plus tard que d’autres, que le processus d’Oslo, dans lequel elle avait mis toute son âme, avait été une deuxième catastrophe pour la Palestine, qu’il s’agissait du début du cercueil de la Palestine libre.
Mais le cercueil n’est pas refermé, depuis le 7 octobre 2023, la Résistance palestinienne s’est relevée, a repris l’initiative. L’État colonial sioniste est mis à nu devant les peuples du monde pour ce qu’il est : le résultat d’une colonisation de substitution avec son lot de massacres et d’injustices. L’entité sioniste est en grande difficulté. Peut-être cette grande dame, cette noble figure de la Palestine libre n’avait pas vu ce dernier aspect.
Dans un hommage vibrant, Muzna Sihabi, qui a bien connu Leïla Shahid, nous dit ceci : « Leïla n’était pas seulement une pionnière. Elle a brisé l’image figée du Palestinien en Europe. Elle a contesté le monopole israélien du récit. Elle a construit des alliances, ouvert des brèches, mêlé le militant, l’intellectuel et le diplomate. Elle parlait à l’Occident dans sa langue, mais sans jamais s’y dissoudre. […] Elle a parlé la langue de la France avec élégance, loyauté et amour. Elle a cru à son universalisme avec une ferveur lucide, comme on croit à une idée plus grande que soi. Elle a fréquenté ses institutions avec constance et respect, sans jamais cesser d’appartenir à la Palestine qu’elle portait en elle. Et c’est sur cette terre qu’elle a choisi de vivre ses dernières années. D’y poser sa maison. D’y inscrire sa fin. La France honorera-t-elle Leïla Shahid ? ».[1]
[1] Pour lire l’intégralité de l’hommage de Muzna Shihabi : https://www.blast-info.fr/articles/2026/la-france-honorera-t-elle-leila-shahid-9zI0M9jIRGyD_MrT6fAeRA