Gantry 5

 

N° 966 25/02/2026 A propos d’une interview qui éclaire tout
Tucker Carlson est un journaliste US célèbre, ancien présentateur vedette de Fox News, se situant clairement dans le camp des conservateurs. Soutien de Trump au début de son actuel mandat, il fait aujourd’hui partie de ceux qui s’en détachent, dans le camp républicain. Sa vision est celle d’un État US ce dernier se ressourcerait, s’attaquerait à la désindustrialisation, et agirait pour la paix, quitte à renoncer à être le gendarme du monde ; c’est aussi celle d’un État US se dégageant de tout lien avec les sionistes.
Voilà que Tucker Carlson a récemment interviewé l’ambassadeur des USA dans l’État colonial sioniste, Mike Huckabee, un « chrétien sioniste » convaincu et assumé. Et cette interview intéresse au plus haut point en ce qu’elle permet des révélations importantes de la part de Huckabee, qui disent la position de l’administration Trump et dévoilent le mensonge de la propagande sioniste. Carlson est profondément croyant, point commun avec Huckabee, mais il s’attache à décrypter le droit des colons d’origine européenne à occuper les terres de Palestine et surtout la nature du droit dont ils se prévalent.
Carlson cherche d’abord à déterminer l’origine de ce « droit ».
 
Carlson : « Cela soulève deux questions qui me semblent vraiment importantes, et j’espère que vous y répondrez. La première est : d’où vient ce droit ? ».
Huckabee : « Je dirais qu’il vient essentiellement de la Bible, mais il vient aussi d’une longue série de précédents historiques remontant à la déclaration Balfour de 1917. Il vient de la Société des Nations, en 1927. Il vient des Nations unies, en 1947, de la Déclaration d’indépendance de l’État d’Israël en mai 1948. Après cette déclaration, Israël a immédiatement été attaqué. Il a gagné la guerre. Il a été attaqué à nouveau en 1956, et a une fois de plus gagné la guerre. Il a été attaqué en 1967 par cinq pays : même chose. De même en 1973 lors de la guerre du Yom Kippour. ». […]
 
Carlson : « Le droit d’un pays à l’existence est-il un principe ne s’appliquant qu’à Israël, ou bien à tout le monde ? ».
Huckabee : « Je pense qu’il s’applique spécifiquement à Israël. Il s’applique à toute personne pouvant prouver qu’elle a un lien avec la terre, un lien avec l’histoire et un lien avec le droit international. Mais Israël, je pense, a un lien extraordinaire… […] Donc, si je crois à l’Ancien et au Nouveau Testament, je crois qu’un appel spécifique au peuple juif a commencé avec Abraham : celui-ci l’a appelé hors de ce qui est aujourd’hui l’Irak moderne, en lui disant : "Viens là où je t’envoie." ». […]
 
Carlson : « Je ne vais pas vous laisser vous en tirer comme cela, car vous avez dit trois fois que Dieu a donné cette terre à ce peuple. Il est donc tout à fait légitime que je vous demande : de quelle terre parlez-vous ? Je viens de lire Genèse 15, et cette terre, je crois, s’étend du Nil à l’Euphrate, ce qui est, encore une fois, pratiquement tout le Moyen-Orient. Dieu a donc donné cette terre à son peuple, les Juifs, ou il ne l’a pas fait. Vous dites qu’il l’a fait. Qu’est-ce que cela signifie ? Israël a-t-il droit à cette terre ? Vous faites référence à la Genèse. Vous dites que c’est l’acte original, alors que répondez-vous ? ».
Huckabee : « Ce serait bien s’ils prenaient tout. ».
Pour Huckabee, le droit des colons est donc d’essence biblique. Il peut nous expliquer très tranquillement qu’une créature imaginaire baptisée « Dieu » a donné la terre en question aux Juifs, ce qui semble à ce moment de l’interview signifier les Hébreux. Mais sa vision biblique est confrontée par Carlson et lui fait reconnaître qu’il serait légitime que l’État colonial sioniste s’étende du Nil à l’Euphrate.
 
Ensuite, Carlson se concentre sur la légitimité. Même en admettant le droit dont parle Huckabee, il lui demande avec insistance, car l’autre ne répond pas, si les colons européens sont bien les descendants des Hébreux.
Carlson : « La deuxième question est tout aussi urgente : qui sont les descendants ? Nous savons que Dieu a promis cette terre, de l’Irak actuel à l’Égypte actuelle, au peuple juif, aux descendants d’Abraham, comme le dit Genèse 15. Qui sont ses descendants aujourd’hui, et comment savons-nous qui ils sont ? ».
Huckabee : « Je pense que ce sont les Juifs, et nous savons qui ils sont parce qu’ils ont toujours été un peuple juif. ». […]
 
Carlson : « Ma question est la suivante, et ce n’est pas une question toute faite. Comment savons-nous qui sont les Juifs ? Parce que ce que vous dites, c’est que certaines personnes ont un titre de propriété sur une région très contestée. Elles en sont propriétaires dans un sens profond. Je pense donc qu’il est légitime de demander : qui sont-elles et comment le savons-nous ? Les ancêtres de l’actuel Premier ministre n’étaient pas d’Israël, d’après les archives historiques. Netanyahu n’a pas de titre de propriété : sa famille est originaire de Pologne, d’Europe de l’Est. Comment savons-nous qu’il a un lien avec le peuple à qui Dieu a promis la terre, les descendants d’Abraham ? ».
Huckabee : « Comment le savons-nous ? Eh bien, si vous prenez les généalogies qui proviennent non seulement de l’Ancien Testament, mais aussi du Nouveau Testament, vous voyez qu’il existe un lien historique, tout au long de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui détaillent le lien des Juifs à cette terre. ».
 
Carlson : « Comment pouvons-nous savoir si Netanyahu a des liens de parenté avec… ».
Huckabee : « Le peuple a été dispersé. ».
 
Carlson : « Mais s’agit-il bien du même peuple ? ».
Le scénario est clair : Carlson doit s’y reprendre à plusieurs fois afin de poser la question, mais Huckabee fait semblant de ne pas comprendre et répond à côté.
Ensuite, Carlson pousse son raisonnement en évoquant les tests génétiques. On le verra, là encore, Huckabee est pris de court.
Carlson : « Ce sont les descendants d’Abraham qui ont le droit à cette terre, n’est-ce pas ? ».
Huckabee : « Oui. ».
 
Carlson : « Pourquoi ne pas faire des tests génétiques sur tous les habitants de la région pour découvrir qui sont les descendants d’Abraham ? C’est très simple. Nous avons décrypté le génome humain. Nous pouvons le faire. Pourquoi ne le faisons-nous pas ? Seriez-vous contre cette idée ? »
Huckabee : « Je ne vois pas ce que cela prouverait. ».
 
Carlson : « Que voulez-vous dire ? Cela permettrait de prouver qui sont les descendants d’Abraham, qui a le droit de vivre ici, selon la théologie que vous venez vous-même d’expliquer. Je ne comprends donc pas très bien pourquoi nous ne le faisons pas si vous croyez en la théologie que vous venez de m’expliquer. Le ferions-nous partout dans le monde ? ».
Dès lors, Carlson précise son propos en s’appuyant sur le cas concret de Netanyahu.
Carlson : « Nous savons pourtant que la famille de Netanyahu vivait en Europe de l’Est. Il n’y a aucune preuve qu’ils n’aient jamais vécu ici. Il n’est pas religieux. Nous n’avons pas son arbre généalogique. Personne ne l’a. C’est là le problème. ».
Huckabee : « S’il y a eu une pratique du judaïsme et un lien avec la langue, la Bible, la terre… »
 
Carlson : « Mais les ancêtres de Netanyahu n’ont pas ce lien, et lui ne pratique pas le judaïsme de manière rigoureuse. Ses ancêtres n’ont pas vécu en Israël. Ils ne parlaient pas la langue, et rien ne prouve qu’ils n’aient jamais vécu ici. Alors, sur quelle base a-t-il le droit d’être ici ? ».
Huckabee : « Il parle très bien la langue. Il s’est battu pour cette terre. ».
 
Carlson : « Vous éludez une question très évidente : d’où vient ce droit ? La raison pour laquelle cette question, c’est qu’il y a beaucoup de gens sur le territoire contrôlé aujourd’hui par Israël, en particulier en Cisjordanie, dont les tests génétiques nous permettent de savoir que leurs familles sont ici depuis des milliers d’années. Nous ne savons pas s’ils pratiquaient le judaïsme, s’ils étaient samaritains, pré-islamiques. Nous ne le savons pas. Nous savons que beaucoup d’entre eux sont chrétiens depuis 2 000 ans. Ils ont davantage de droits sur cette terre que quelqu’un comme Netanyahu dont les ancêtres vivaient en Lettonie ou en Pologne. Ils sont d’Europe de l’Est. ».
Huckabee : « Ils sont juifs. ».
 
Carlson : « Selon quelle définition ? Mais comment savons-nous qu’ils ont un lien avec le peuple juif ? ».
Huckabee : « Ils sont juifs par leur foi. Ils sont juifs par leur lien avec la langue, par le lien avec la Torah. ».
 
Carlson : « Mais comment savons-nous que les ancêtres de Netanyahu ont jamais vécu de cette manière ? ».
Huckabee : « Je suis totalement incapable de comprendre ce que vous dites. ».
La conception de Huckabee des droits des sionistes, on s'en aperçoit, repose à la fois sur l’ethnicité (le soi-disant peuple juif descendant des hébreux) et sur le lien à la religion (langue et Torah). Nous sommes donc dans quelque chose de tout-à-fait irrationnel  postulant qu’un juif converti, issu d’Europe aurait plus de droit sur la terre en Palestine que les Palestiniens y vivant depuis des millénaires. « parce qu’ils sont juifs » est l’argument massue et répétitif de Huckabee, sa réponse à tout.
Huckabee va au-delà des arguments de certains sionistes, mais, à plusieurs reprises est incapable de répondre aux questions de Tucker Carlson. Ainsi, il élude systématiquement les questions de Carlson évoquant le fait que ceux qui ont créé l’État colonial sioniste étaient athées. Dans un autre sens, il n’évoque jamais le terme d’antisémitisme et prétend simplement que : « Un sioniste est simplement quelqu’un qui croit qu’Israël a le droit d’exister. ». Cette définition a un intérêt clarificateur à la fois sur l’objet de la loi Yadan et les positions entre deux eaux de ceux qui prétendent défendre la Palestine tout en acceptant l’existence de l’État colonial sioniste.
Les citoyens états-uniens ont de quoi s’interroger sur un pareil ambassadeur semblant défendre davantage le pays où il exerce sa fonction que celui qui la lui a donnée, nous avons là une mise à nu et un démontage en règle de la propagande sioniste. Le passage sur le Grand Israël (du Nil à l’Euphrate) a soulevé un tollé parmi les gouvernements arabes et musulmans. Mais finalement il est assez anecdotique. La mise en lumière dans cette interview, est que rien ne justifie le vol des terres et des maisons de Palestine par les colons européens, ni l’État colonial sioniste. Quand bien même des gens comme Huckabee croient dur comme fer au récit complet de la propagande sioniste ne change pas le fait que les dirigeants de l’entité sioniste l’ont utilisé sans vraiment y croire. Souvenons-nous de Ben Gourion : « Dieu n’existe pas, mais il nous a donné une terre. ».
 
Des nouvelles des geôles de l’État colonial sioniste
Le Bureau des martyrs, des prisonniers et des blessés du Front populaire de libération de la Palestine a déclaré les conditions de détention des prisonniers palestiniens à Nafha désormais injustifiables, quel que soit le prétexte invoqué.
Le Bureau a indiqué dans un communiqué publié lundi 23 février 2026, les informations faisant cas d'une détérioration rapide de leur état de santé, d'une perte de poids dangereuse et d'une surpopulation suffocante privant les prisonniers des besoins les plus élémentaires révèlant une réalité choquante qui dépasse la simple négligence et s'apparente à une politique systématique violant le droit à la vie et à la sécurité physique.
Le communiqué considère le refus persistant de soins médicaux adéquats et d'une alimentation appropriée comme une violation flagrante du droit international humanitaire et des normes internationales relatives au traitement des détenus, plaçant ainsi l'administration pénitentiaire israélienne sous une responsabilité juridique et morale imprescriptible.
Le communiqué tient l'administration pénitentiaire et les dirigeants de l'occupation sioniste pleinement et directement responsables de toute détérioration de l'état de santé ou de tout danger menaçant la vie d'un détenu, et souligne que le silence ou l'inaction de la communauté internationale contribue de fait à perpétuer ces souffrances. En conséquence, le bureau appelle à une action immédiate et urgente, notamment à l'envoi sans délai et sans restriction de commissions médicales indépendantes, à l'arrêt de toute procédure entraînant une surpopulation carcérale ou aggravant la situation sanitaire, et demande que l'alimentation et les soins de santé soient fournis sans délai conformément aux normes internationales.
 
En conclusion
Partout, contre la criminalisation de l’anticolonialisme, pour la défense de la vérité et de la libération nationale de la Palestine, on trouvera les militants du Parti Révolutionnaire Communistes.Les barricades n’ont que deux côtés, comme disait Elsa Triolet. C’est la libération nationale de la Palestine ou la soumission d’une manière ou d’une autre à l’ordre colonial.
Concernant le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, qui affronte directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation.
L’État colonial sioniste tombera, c’est le sens de l’histoire ; et la Palestine sera libre de la mer au Jourdain !