N°988 29/07/2026 Bora Yilmaz, responsable du PCF, a publié dans L’Humanité le 22 juillet dernier une tribune s’ajoutant aux nombreuses expressions en défense de la sioniste Barbara Butch. Cette tribune a un côté insupportable, reprise de tous les poncifs de l’idéologie dominante, mensonges sur l’événement et les reproches faits à Barbara Butch, renvoi dos à dos des anticolonialistes et des colonialistes, texte hors du réel. Mais surtout, elle est représentative de l’état d’incompréhension totale de la question palestinienne et de la question coloniale en général qui prévaut au PCF.
Des faussetés qu’il eût été possible d’éviter, en vérifiant
Bora Yilmaz parle « d'une manifestation, initiée par LFI Grenoble, ses élus municipaux et des militants ». Il suffit de consulter les récits de participants pour s’apercevoir que c’est faux. L’un d’eux rapporte : « L’action était organisée par la plateforme de soutien à la Palestine locale » et « « LFI a participé à l’action et a demandé le boycott en amont, mais ce n’était ni les organisateurs ni les dirigeants de l’action ». Des organisations comme « Urgence Palestine » et Tsedek appelaient et participaient à l’événement.
Plus loin, il parle de : « la fausse information d'une participation à la pride de Tel Aviv en 2025, ce qui relève de la manipulation » ceci constitue un mensonge. En réalité, Barbara Butch devait bien se produire lors de la marche des fiertés de Tel Aviv, mais la manifestation a été annulée par les dirigeants de l’entité coloniale sioniste à cause de l’agression impérialiste contre l’Iran. Elle n’a donc pas refusé d’y officier. En outre, elle a bien « mixé » pour une soirée à Tel Aviv chez l’ambassadeur de France. Elle s’est donc réellement rendue dans l’État colonial sioniste et s’est bien produite en toute quiétude à quelques kilomètres des lieux du génocide.
Ensuite il nous ressort la fable de Barbara signant un texte contre l’antisémitisme et le regrettant « précisant sa ferme opposition aux menées criminelles du gouvernement d'extrême droite en Israël, ce qu'elle a encore réaffirmé ces derniers jours. ». Or, s’il est bien possible que Barbara Butch ait, comme tous les sionistes de « gauche », critiqué la politique de Netanyahu, elle n’a pas eu un mot contre le génocide des Palestiniens.
Comment ne combattre uniquement Netanyahu et pas le sionisme
Cette réflexion sur le « gouvernement d’extrême-droite de Netanyahu » éclaire la position de Yilmaz et du PCF. Le sionisme, projet colonial depuis le départ, qui est dans le viseur, ni le colonialisme de substitution, mais seulement le gouvernement de Netanyahu, alors que nous le savons, la population des colons approuve quasiment dans son ensemble la démarche consistant à terminer la besogne que Ben Gourion a laissée inachevée en 1948.
Et, quand Bora Yilmaz dit : « Si les communistes ont clairement exigé le retrait de la loi Yadan, l'estimant dangereuse pour les libertés publiques, la signature de cette tribune ne fait pas de l'artiste un "soutien à la propagande de Netanyahu" ou la "complice d'un État génocidaire". », cela prouve soit qu’il n’a pas lu la proposition de loi Yadan (ni l’analyse que nous en avons faite, mais ce n’est guère étonnant), soit qu’il ne comprend rien à l’enjeu représenté par la répression d’État des militants de la solidarité avec la Palestine libre pour l’État bourgeois et le Grand Capital, soit les deux. Balayer d’un revers de main la loi Yadan, celle-ci va revenir sous la forme du projet de loi de Bergé, en disant qu’elle est seulement un danger pour les libertés publiques, c’est passer totalement à côté de l’enjeu, des buts cherchés par ses thuriféraires, dont fait partie Barbara Butch. Elle est un des outils de la formidable machine de guerre déployé par l’État capitaliste pour limiter et réprimer, voire empêcher la solidarité réelle avec la Palestine, c’est-à-dire la remise en cause de l’entité coloniale sioniste et de l’impérialisme occidental qu’il prolonge, et ce, depuis la circulaire de Dupond-Moretti en octobre 2023. Tout partisan de la proposition de Yadan est objectivement quelqu’un voulant empêcher que l’on évoque ou défende la libération nationale de la Palestine, donc un prosioniste et un complice du génocide.
Le boycott culturel : inconnu au bataillon
Bora Yilmaz semble oublier un pan entier des actions de boycott de l’entité sioniste. Il écrit : « L'appel au boycott d'une artiste française juive à qui on reproche ses prises de position n'a en effet rien à voir avec les actions visant l'économie et les politiques israéliennes, pour dénoncer la violation du droit international et les crimes de guerre commis par le gouvernement de l'État d'Israël. ».D’une part le boycott en général n’est pas seulement une dénonciation de la violation du soi-disant droit international ni des crimes de guerre, c’est un moyen de lutte pour aider à la libération de la Palestine et c’est, objectivement, même si tous les acteurs de BDS n’en ont pas forcément conscience, une remise en cause de l’existence même de l’État colonial sioniste. En outre, Bora Yilmaz semble totalement ignorer le boycott culturel n’étant pas un boycott économique mais un moyen de pression sur tous ceux et toutes celles, dans le monde de la culture, entretretiennent, d’une manière ou d’une autre, des rapports avec l’entité coloniale sioniste. Il n’est pas étonnant qu’un dirigeant du PCF, lequel avait diffusé un film de Nadav Lapid à la Fête de l’Humanité malgré les protestations de cinéastes palestiniens, ignore tout du boycott culturel. Peut-être n’était-il pas membre du PCF dans les années 80, mais, à l’époque, le même PCF a soutenu le boycott culturel contre l’Afrique du Sud. C’est exactement la même chose.
Essentialisation des juifs, une inversion en plein dans l’idéologie dominante
Lorsqu’il écrit : « Cette attaque contre Barbara Butch entretient une confusion inacceptable entre la politique de l'État d'Israël et les Juifs de France, sommés d'adopter les "bons positionnements", sous peine de se voir affichés et ciblés. », Bora Yilmaz nous prouve une fois de plus qu’il n’a pas dû lire la proposition de loi Yadan. Dans le monde réel, c’est le contraire qui se passe, ce sont les partisans de l’entité sioniste parlant « d’État juif », de « peuple juif » et enjoignant aux juifs de France d’être des soutiens de l’État colonial et du colonialisme de substitution. Les Yadan, Bergé, la LICRA, le CRIF traitent de traîtres au judaïsme ou même d’antisémites les juifs antisionistes, par exemple ceux de l’UJFP et de Tsedek. C’est au nom de l’holocauste des juifs que ces idéologues veulent interdire la remise en cause de l’État colonial sioniste alors que le lien entre cet holocauste et la création de l’entité en 1948 et une construction idéologique.
Il existe aussi, derrière cette obstination à rappeler urbi et orbi que Barbara Butch est juive, la volonté, même si elle n’est pas explicite, de dire que la dame n’a pas été ciblée comme complice du génocide, mais en qualité de juive ; voire en tant que militante LGBTI. Là non plus, ce n’est pas explicite, mais nous avons quand même droit à la phrase : « Barbara Butch est une artiste progressiste, engagée et connue pour sa contribution à la cérémonie d'ouverture des JOP de Paris, qui lui avait valu une violente campagne lesbophobe, grossophobe, antisémite et sexiste, conduite par l'extrême droite. ».
Ensuite, Bora Yilmaz ne semble pas au courant des réponses faites par certains sionistes pour justifier leurs liens avec l’entité coloniale génocidaire, en expliquant que les juifs de France ont souvent des liens avec l’entité et qu’ils y vont pour voir leur famille, pour essayer de se dédouaner de la complicité avec le génocide alors qu’au contraire, ça l’expose à la vue de tous. On en arrive à une situation où si un sioniste dit « mais vous devez comprendre que tous les juifs de France ont de la famille en Israël et des liens étroits avec », c’est normal, mais si la même phrase est dite par un partisan de la libération de la Palestine, dénonçant ces liens avec l’État colonial sioniste, cela devient antisémite.
Le discours dominant sur l’antisémitisme et rien sur la Palestine
On peut commencer par dire que Bora Yilmaz est responsable, au PCF, de la commission « Lutte contre le racisme et l'antisémitisme ». Cela signifie que le PCF considère l’antisémitisme comme un racisme à part, voire plus grave que les autres. C’est totalement la construction idéologique dominante, visant à justifier l’existence de l’entité coloniale sioniste et à utiliser l’antisémitisme, avec un sens modifié, pour fustiger les partisans de la libération nationale de la Palestine. On retrouve cette construction dans une phrase disant : ceci l’initiative contre Barbara Butch « alimente le regain d'antisémitisme dans notre pays et dessert le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien en le détournant de ses objectifs politiques. ». L’affirmation de regain de l’antisémitisme en France, n’est pas étayée par des condamnations judiciaires en hausse et l’affirmation que l’initiative dessert la cause palestinienne n’est pas plus étayée. Il s’agit d’un argument d’autorité.
La position du PCF est résumée par cette phrase de Bora Yilmaz : « Nous nous opposons fermement tout à la fois à l'assimilation de la critique de la politique israélienne à de l'antisémitisme et au dévoiement à des fins antisémites du soutien au peuple palestinien. ». C’est-à-dire que Bora Yilmaz cautionne et approuve le point de vue des dominants certifiant qu’une partie des soutiens au peuple palestinien aurait des buts antisémites. Or, rien de cela n’a jamais été prouvé. Ceci est très significatif très significatif que la plupart des poursuites judiciaires contre les partisans de la libération nationale de la Palestine se fait, non pas au nom de l’accusation d’antisémitisme mais de celle d’apologie du « terrorisme ».
En revanche, le dirigeant du PCF n’évoque pas la Palestine, dans son écrit, alors qu’elle est centrale dans cette histoire. Si l’expression « soutien au peuple palestinien » est utilisée plusieurs fois, c’est pour dire qu’il est détourné ou dévoyé. Il n’est pas question de génocide, mais seulement de violations du droit international ou de crimes de guerre ; l’expression « État génocidaire » est utilisée une fois, mais pour défendre Barbara qui n’en serait pas complice aux dires de Bora Yilmaz.
Et rien sur la répression d’État
En France, les partisans du sionisme, comme Barbara Butch, ne sont pas poursuivis par la police et la justice, les forces de répression de l’État bourgeois, mais bien celles et ceux défendant la libération de la Palestine, Bora Yilmaz n’a pas un mot pour l’évoquer. Pourtant les pleureuses s’alarment et Yilmaz avec eux, pour quelque chose de bien moins important que ce dont sont menacés Alex, Omar Alsoumi, Ramy Schaath, François Burgat et d’autres ou ce qui est arrivé à Amira Zaiter. Le Capital déploie tous ses moyens d’action afin d’empoisonner la vie des militants de la Palestine libre, en prive certains de l’accès à leur compte bancaire, les condamne à des peines ahurissantes met en place une véritable criminalisation de l’anticolonialisme. Le PCF est muet à ce sujet. En revanche, lorsque les militants de la Palestine libre ripostent en se disant qu’aucun des soutiens publics à l’État colonial sioniste ne doit être tranquille, qu’il faut perturber leurs concerts, exhibitions, etc., alors, comme toute la droite et le reste de la gauche officielle sauf LFI, le PCF proteste.
Cette répression d’État, si le PCF n’en parle jamais, c’est parce qu’elle est un sacré coin enfoncé dans sa posture de défenseur de la Palestine. Car cette répression, après des balbutiements tous azimuts au début, n’a plus rien à voir avec « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens. », mais cible bien les authentiques défenseurs de la libération de la Palestine. Les « ni Netanyahu, ni Hamas », les colonialistes des bons sentiments de la « solution à deux États », les sionistes de gauche, type Barbara Butch, ne sont pas visés par cette répression, parce qu’ils ne dérangent pas le Capital, les impérialistes occidentaux, puisqu’ils sont tous favorables à ce que perdure l’entité coloniale sioniste.
Un soutien du PCF dans les faits à l’État colonial sioniste
De la critique du seul Netanyahu, au silence sur la répression d’État, en passant par le soutien à Barbara Butch, le PCF finit de glisser vers le soutien objectif à l’entité sioniste, alors qu’historiquement, il a longtemps soutenu la Palestine et sa Résistance armée. Ce long chemin vers la normalisation, entrepris depuis Oslo, semble être arrivé au but.
La fin du texte de Bora Yilmaz : « Je soutiens Barbara Butch pour les violentes attaques dont elle fait l'objet. Je soutiens la municipalité de Grenoble qui, jusqu'au bout, a tenu bon et affirmé son engagement en faveur de la liberté de création et de programmation, à travers la voix de l'élu communiste Alexis Monge, maire adjoint en charge de la Culture. » est en réalité une marque ou même un stigmate du soutien de fait du PCF à l’entité coloniale sioniste. C’est d’ailleurs ce qu’ont compris les militants présents lors de l’initiative, huant copieusement le fameux maire-adjoint venu justifier laborieusement la décision de la mairie de Grenoble de ne pas déprogrammer Barbara Butch.
Par ailleurs, la commission culture du PCF a publié un communiqué du même acabit, disant notamment : « Nous combattons la loi Yadan, qui entend elle-même porter une atteinte gravissime à la liberté d’expression. On a le droit de ne pas vouloir venir partager une soirée avec une artiste qui a pris position politique en sa faveur et de faire entendre sa révolte face à cette opinion. Mais est-on fondé à interdire, de fait, ses prestations ? Barbara Butch doit pouvoir se produire là où elle est invitée et programmée. ». Il y a d’abord une incompréhension totale de la gravité des actes commis par Barbara Butch, surtout quand l’État bourgeois réprime à tour de bras, chose pas évoquée dans le communiqué ni dans la tribune. Mais surtout, on voit un refus de poser les vrais enjeux et une mauvaise foi manifeste. L’évocation de la loi Yadan est encore purement rhétorique, l’enjeu du boycott culturel encore négligé. Concernant le PCF, la défense de la colonisation de la Palestine est une opinion comme une autre.C’est clairement une normalisation des avis des complices du génocide, de tous les colonialistes.
On ne peut pas soutenir la Palestine sur la base d’une nostalgie pour l’OLP, n’étant plus qu’une coquille vide, devenue un soutien aux compradores de Ramallah, donc à la survie de l’entité sioniste. On ne peut pas soutenir la Palestine si on ne revendique pas le démantèlement de l’État colonial sioniste, toute position visant à le maintenir est un soutien à la poursuite de la colonisation. On ne peut pas soutenir la Palestine si on ne combat pas l’ensemble du courant colonial sioniste, de Ben Gvir à Herzog, du Betar à Golem, de Meyer Habib à Barbara Butch.
On ne peut pas soutenir la Palestine en renvoyant dos à dos les partisans de l’entité sioniste et ceux de la libération nationale de la Palestine. On ne peut pas soutenir la Palestine en soutenant une liberté de création bourgeoise, ne bénéficiant qu’aux artistes prosionistes. On ne peut pas soutenir la Palestine en utilisant les arguments de l’idéologie dominante, spécialement la judéité, argument massue de la propagande sioniste. On ne peut pas soutenir la Palestine si on ne dit ni ne fait rien en défense des victimes de la répression d’État, exacerbée depuis plus d’un an.
Ce que prouve l’événement de Grenoble, et ce qui l’a précédé puis suivi et qu’on peut être femme, militante LGBT, de « gauche » et se trouver dans le camp de la colonisation. Quand on soutient vraiment la libération nationale de la Palestine, on défend Alex, Omar Alsoumi, Olivia Zemor, Ramy Schaath, pas Barbara Butch !
Dans ce temps où nous devons plus que jamais parler de la Palestine, les réactions prouvent une nouvelle fois, s’il le fallait que la grande majorité de la « gauche » en France ne défend pas la libération nationale de la Palestine, n’est pas au clair sur la question coloniale, car trop marquée par le colonialisme « des bons sentiments ». Au lieu de parler de la Palestine, cette gauche défend une artiste soutenant l’entité sioniste. Et, au sein de cette « gauche », la tribune de Bora Yilmaz nous le prouve, le PCF en est arrivé à clore un chapitre de décennies de soutien à la Palestine libre ; aujourd’hui, il soutient l’entité coloniale sioniste.
En conclusion
Concernant le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, qui affronte directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation.
L’État colonial sioniste tombera, c’est le sens de l’histoire ; et la Palestine sera libre de la mer au Jourdain !