N° 989 05/08/2026 Beaucoup glosent sur un prétendu clivage entre la droite et la gauche, représentant seulement des courants idéologiques différents, parfois contradictoires, mais tous au service du Capital, le véritable clivage est entre celles et ceux voulant abattre le système capitaliste et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, veulent le maintenir.
Pour autant, il ne suffit pas de se proclamer révolutionnaire pour l’être. A cet égard, la Palestine est un excellent révélateur. Les concepts marxistes permettent d'identifier, chez les militants politiques, les lignes tenues par les uns et les autres en fonction de la composition des rapports de force. Lorsque les événements forcent au positionnement clair, ça clarifie les lignes. Le génocide de Gaza, la question coloniale et celle de la libération nationale de la Palestine permettent de faire le tri entre les positions prosionistes de gauche, ambiguës, ne prenant pas en compte la question coloniale et les positions vraiment anti-impérialistes de ceux qui soutiennent la libération de la Palestine du fleuve à la mer. La preuve par la Palestine est d'une efficacité redoutable. Elle dessine le paysage de classe avec une incroyable précision.
On peut donc dresser une liste non exhaustive des idées ou pensées excluant du champ de l’anti-impérialisme celles et ceux qui les portent et inventorier les arguments anti-impérialistes et anticolonialistes concernant la Palestine.
Pour les sionistes de « gauche »
Non, l’État colonial sioniste n’était pas une « démocratie » sympathique avant et n’a pas dégénéré ; il a toujours été un État colonial et a toujours porté en lui le génocide.
Non, l’entité sioniste n’est pas une création des survivants de l’holocauste ; c’est une invention de la propagande sioniste ; Ben Gourion était en Palestine depuis 1906.
Non, le mot génocide ne peut s’utiliser seulement pour désigner la shoah ; et des juifs, même des descendants de victimes de la solution finale, peuvent en commettre un.
Non, les juifs du monde entier sont loin d’être tous des soutiens à l’entité coloniale sioniste ; vouloir les y assimiler de force est une imposture.
Non, les sionistesne sont pas des défenseurs du judaïsme, ils traitent les juifs antisionistes de traîtres, voire d’antisémites ; ce sont des défenseurs de la colonisation.
Non, défendre un génocide ne fait pas partie de la liberté d’expression.
Pour les colonialistes des « bon sentiments »
Penser que la colonisation concerne uniquement les « territoires occupés » revient à nier la colonisation de la Palestine, dans son ensemble depuis 1948.
Parler de cohabitation entre deux peuples, revient à mettre sur un pied d’égalité colonisateurs et colonisés.
Non, les compradores de Ramallah ne sont pas les représentants légitimes du peuple palestinien, le processus d’Oslo a été un piège pour l’OLP, celui-ci a perdu son crédit et Abbas est un traître.
Non, conseiller gentiment aux Palestiniens de ne pas recourir à la lutte armée n’est pas soutenir la Palestine, bien au contraire.
Condamner le 7 octobre 2023 et l’ensemble de la Résistance armée palestinienne, c’est à la fois ne rien comprendre à la lutte anticoloniale et faire le choix du soutien aux sionistes.
Penser que les ennemis, ce sont simplement Netanyahu d’extrême-droite et sa clique, c’est occulter l’essentiel : le projet sioniste mis en place par Ben Gourion et poursuivi par ses successeurs.
Se permettre de juger les organisations de la Résistance palestinienne avec des points de vue issus du centre de l’impérialisme occidental est la preuve d’une posture colonialiste.
Non, les dirigeants impérialistes occidentaux ne sont pas simplement muets, ils sont complices et acteurs de la colonisation ; il est inutile et contre-productif de les solliciter pour les faire bouger.
Contribuent à appuyer l’entité coloniale sioniste : ceux ne voyant pas ou niant que le sionisme est, dès le début, un projet colonial de substitution ; ceux qui ne voient pas que Gaza est le nouveau ghetto de Varsovie et les sionistes les nouveaux nazis ; ceux pensant que défendre un génocide, c’est de la liberté d’expression ; ceux ne voyant pas que le simple fait d’aller en Palestine occupée chez les sionistes est un acte de soutien à la colonisation et au génocide ; ceux ne comprenant pas que le boycott culturel concerne tous les artistes plus ou moins financés par l’entité sioniste.
Comprendre que l’entité coloniale sioniste est une création des impérialistes occidentaux pour diviser le monde arabe et contrôler les richesses est indispensable si l’on veut défendre la Palestine.
Penser le Hamas et DAESH, comme la même chose alors que DAESH est un groupe de mercenaire des USA, utilisé par les sionistes, que le Hamas combat, c’est ne rien comprendre à l’histoire des luttes anticoloniales et du nationalisme arabe.
Non, la reconnaissance de « l’État de Palestine » n’est pas un acte de solidarité avec les Palestiniens ; et la résolution franco-saoudienne à l’ONU en septembre 2025, désarmant les Palestiniens et leur offrant un bantoustan n’est pas une avancée.
Parler du « droit international » et s’en tenir aux résolutions de l’ONU est, objectivement, un point de vue permettant le maintien de la colonisation.
Pour les Internationalistes anti-nation
La fraternisation entre prolétariat palestinien et « israélien » une chimère vide de sens, faisant l’impasse sur le processus colonial ; il n’existe pas de prolétariat sioniste, juste des colons.
Non, un nationaliste arabe et un nationaliste d’un pays impérialiste, ce n’est pas la même chose ; il existe dans les pays colonisés une Bourgeoisie nationale qui lutte pour l’indépendance et la décolonisation.
En conclusion
Concernant les partisans de la libération nationale de la Palestine, rien n’est plus urgent que de parler sans cesse de la situation à Gaza et dans toute la Palestine, et d’en rappeler tous les enjeux. Il faut, bien sûr, dénoncer les bombardements n’ayant jamais cessé, la destruction systématique des habitations à Gaza, un modèle qui ressert au Sud du Liban, dénoncer la torture dans les prisons, dénoncer le commerce avec les colonies sionistes en Cisjordanie occupée, les Bédouins chassés de chez eux dans le Néguev occupé et l’occupation et la colonisation de la Palestine, en général.
Soyons les porte-voix de celles et ceux que l’on veut effacer. Et, donc, dénonçons, certes, mais ne nous contentons pas de dénoncer. Cela signifie ne pas s’en tenir à la vision des Palestiniens comme des victimes, mais malgré tout, comme un peuple construisant sa propre libération nationale. Et ne pas non plus en rester aux explications de notre « gauche » bien-pensante sur la soi-disant « paix juste et durable » elle n’est rien d’autre que la paix coloniale et ne remet jamais en doute l’existence de l’État colonial sioniste autant dire la poursuite de la colonisation. Dans leur grande majorité, les gens de « gauche » refusent d’analyser correctement la situation coloniale en Palestine. Et la raison en est simple, ils sont indélébilement marqués par l’héritage idéologique de la colonisation, de l’impérialisme français, des « Lumières » de Voltaire. Leur position consiste à dénigrer le Hamas ou la Résistance armée, expliquant aux Palestiniens qui doit organiser la résistance et comment. Les mêmes, toujours, parlent de paix et non de libération nationale de la Palestine. Les mêmes, encore, parlent de « solution à deux États » permettant de facto le maintien de la colonisation. Ce sont encore les mêmes qui parlent de « complicité » des impérialistes occidentaux et non de leur implication directe dans la colonisation. Ce sont enfin les mêmes qui tentent objectivement d’épargner l’impérialisme français en le disant sous pression des lobbies comme le CRIF. Dans ce cadre, la dénonciation de toutes les personnes publiques favorables au génocide est une nécessité, afin que chacune d’elles et chacun d’eux ne puisse continuer à afficher des positions favorables à l’État colonial sioniste.
Nous le disons à nouveau ; les Résistants palestiniens combattent le même ennemi qui nous opprime : l’impérialisme occidental. Leur victoire serait un signal fort pour notre propre émancipation. Un peuple luttant pour sa libération nationale, contre une créature des impérialistes occidentaux, lutte aussi contre la colonisation et ses présupposés idéologiques qui gangrènent aujourd’hui l’ensemble de la « gauche » française.
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, qui affronte directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation.