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N° 990 12/08/2026  La Turquie, le Pakistan et l'Arabie Saoudite ont signé le 7 août à la Mecque ce qu'ils nomment : l’"Accord de défense commune de La Mecque ". Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré samedi 8 août que le pacte de défense signé entre la Turquie, le Pakistan et l'Arabie saoudite équivalait techniquement à l'article 5 de l'Otan relatif à la défense mutuelle. L'article 51 de l'OTAN stipule rappelons le : " Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles, dans l'exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l'article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l'Atlantique Nord. ". En clair, la référence à cet article revient à s'engager dans des conflits concernant l'une des parties signataires. Dans un communiqué conjoint, les trois pays précisent que l'accord vise à renforcer la dissuasion collective face à tout acte d'agression et stipule qu'une attaque armée contre l'un d'eux serait considérée comme une attaque contre tous.
Dans un entretien2 à l'agence de presse publique Anadolu, Hakan Fidan assure que cette nouvelle alliance n'est dirigée ni contre l'Iran ni contre aucun autre pays, mais qu'elle constitue plutôt un engagement général à soutenir la sécurité des trois alliés. De son côté le responsable de la diplomatie pakistanaise a affirmé3 : " que l’accord trilatéral de défense de La Mecque, signé la semaine dernière par la Türkiye, l’Arabie saoudite et le Pakistan, était de nature purement défensive et ne visait aucun pays ".
Dans un communiqué publié sur le réseau social américain X, le ministre des Affaires étrangères, Ishaq Dar, a déclaré que l’unique objectif de l’Accord conjoint de défense de La Mecque était : " de renforcer davantage les efforts communs en faveur de la paix, de la stabilité et de la prospérité dans l’ensemble de la région. "
Évidemment, il convient d'avoir une connaissance complète du document pour en analyser correctement la portée. Cette prudence n'est à l'évidence pas de mise dans les media se livrant à des spéculations sur le sens de cet accord estimant à la fois qu'il marque la défiance des puissances régionales vis-à-vis des États-Unis, l'isolement relatif de l'entité sioniste, voire la recherche d'un contre-poids à l'Iran4,5,6. D'autres plus réalistes soulignent7 que le pacte n'est pas incompatible avec l'OTAN. C'est d'autant plus pertinent que la Turquie en est un membre important, ceci a encore été souligné lors du dernier sommet de cette organisation à Ankara8. Enfin, une attitude prudente est suggérée par une analyste de l'IRIS9 : " Il est trop tôt pour mesurer la portée de l’accord du 7 août. Ce qui est clair, c’est qu’il vient conforter la position de l’Arabie saoudite vis-à-vis de l’Iran bien qu’il soit très peu probable que les choses changent sur le terrain. "
Au bilan provisoire, ce pacte, il n'est pas sans intérêt de noter, n'est pas tombé du ciel, il existait déjà un accord de défense stratégique mutuelle (ASDM)10 entre le Pakistan et l'Arabie Saoudite, signé en septembre 2025 et auquel souhaitait se rallier la Turquie.
Au stade actuel, il est possible de dire que cet accord est une des conséquences de l'agression américano-sioniste contre l'Iran dont le déroulement est loin de remplir les objectifs initiaux visés par ses instigateurs à savoir une mise hors champ de la puissance régionale iranienne. Nous assistons donc à une réorganisation du dispositif des forces impérialistes dans une région particulièrement sensible des affrontements inter-impérialistes et marqué par l'agression coloniale génocidaire contre le peuple palestinien en lutte pour sa libération nationale.
Afin de contribuer à la réflexion et à l'analyse de ces mouvements au sein de l'impérialisme, nous publions intégralement la position du Parti Communiste de Turquie.
Déclaration du Comité Central du Parti Communiste de Turquie
Déclaration du Comité central du TKP (9 août) suite à la signature, par le gouvernement de l'AKP, d'un accord avec le Pakistan et l'Arabie saoudite intitulé « Accord de défense conjointe de La Mecque », attirant l'attention sur les risques que cet accord — s'inscrivant dans la lignée des plans des États-Unis et de l'OTAN pour la région — fait peser sur la Turquie.
Le gouvernement de l'AKP a signé ce qu'il est convenu d'appeler l'« Accord de défense commune de La Mecque », entraînant ainsi notre pays dans une nouvelle aventure militaire extrêmement dangereuse. La clause déclarée la plus importante de cet accord stipule qu'une attaque armée contre l'un quelconque des trois pays sera considérée comme une attaque contre l'ensemble d'entre eux. L'AKP a ainsi imposé à la Turquie une obligation aux conséquences gravissimes, susceptible d'entraîner le pays dans une guerre dans des conditions et pour des causes que nul ne saurait prédire. Le parti au pouvoir a contracté cet engagement dans une région où l'agression impérialiste, les rivalités régionales et les calculs de gouvernements réactionnaires s'entremêlent constamment, menaçant de déclencher de nouveaux conflits à tout moment. Rien ne le garantit, le rôle de l'Arabie saoudite dans les guerres au Yémen et en mer Rouge ne se présentera pas demain à la Turquie comme une « obligation de défense commune ». Nul ne peut garantir qu'une nouvelle vague d'attaques contre l'Iran, une escalade de la guerre au Yémen ou quelque autre règlement de comptes régional n'entraînera pas directement la Turquie dans les combats. L'enjeu réside là, précisément: la puissance militaire de la Turquie est enchaînée aux plans régionaux de l'impérialisme, ouvrant la voie à ce que notre peuple en paie le prix du sang. Il n'est guère difficile d'imaginer Trump se frottant les mains en annonçant cet accord au monde entier, vantant « l'armée et l'industrie de l'armement de la Turquie, la puissance financière de l'Arabie saoudite et les armes nucléaires du Pakistan ». Les cercles proches de l'AKP ont tenté de présenter cet accord comme une mobilisation des puissances régionales face à Israël, voire comme l'instauration d'un nouvel équilibre des forces. Rien de tout cela n'est convaincant. L'AKP ne cherche pas à faire contrepoids à Israël, son « ennemi-frère » dans la région. Il s'engage comme sous-traitant d'une « paix américaine », une paix renforçant Israël, affaiblissant l'Iran et s'appuyant sur des puissances régionales réactionnaires prêtes à jouer le rôle sinistre que l'impérialisme leur assigne. Washington, il est désormais évident, s'emploie systématiquement à éliminer tout point de résistance faisant obstacle à un règlement régional plus large centré sur Israël, et à réaligner toute la région au service de ses propres intérêts. Les attaques visant à affaiblir l'Iran, la mise en œuvre du plan pour Gaza et la signature du pacte de sécurité turco-saoudo-pakistanaise alors que les tensions s'intensifient au Yémen et en mer Rouge : aucun de ces événements n'est isolé des autres. Washington souhaite répartir le fardeau militaire de cette stratégie entre ses alliés régionaux tout en intégrant son orientation régionale à la stratégie commune de l'OTAN. La Turquie joue un rôle crucial précisément à cet égard. Ce n'est pas un hasard si le sommet de l'OTAN à Ankara a mis en avant la capacité militaire et l'industrie de l'armement de la Turquie, ni si les négociations concernant le rôle régional assigné à notre pays s'y sont déroulées. Nous assistons désormais à la mise en œuvre progressive de cet accord à travers la région. L'accord de La Mecque n'est donc pas un simple « accord de défense » signé entre trois pays. La machine de guerre et la capacité militaire de la Turquie, intégrées à l'OTAN, sont désormais liées — via de nouveaux mécanismes impliquant des puissances régionales réactionnaires comme l'Arabie saoudite — à des projets impérialistes couvrant une zone géographique encore plus vaste. Une période difficile attend la vaste étendue allant du Moyen-Orient à l'Afrique, en passant par la mer Rouge. Alors que s'intensifie la lutte pour le contrôle des ressources énergétiques et des routes commerciales, et pour de nouveaux champs d'investissement lucratifs, cet affrontement évidemment entraînera de nouveaux alignements militaires et des règlements de comptes sanglants. Pour toutes ces raisons, notre peuple doit rester vigilant face aux nouveaux scénarios de guerre que le gouvernement lui présentera, sous couvert de rhétorique nationaliste grandiloquente, de rêves d'un ordre « néo-ottoman », de discours confessionnels ou d'arguments liés à la « sécurité nationale ». La sécurité de la Turquie ne réside pas dans la multiplication des alliances militaires et des armements, ni dans une implication croissante dans des projets impérialistes. La sécurité de la Turquie passe par le retrait de l'OTAN, la fermeture des bases impérialistes, le départ des troupes étrangères de notre territoire et l'établissement de relations avec tous nos voisins fondés sur l'égalité, la souveraineté et le respect mutuel. Seule une volonté populaire anti-impérialiste cohérente et en plein essor en Turquie peut garantir cela. Sans le renforcement de la force organisée de notre peuple, la Turquie ne pourra pas s'extraire de la machine de guerre dans laquelle les ambitions de sa classe capitaliste l'ont précipitée. Rejeter le destin tracé par l'impérialisme et les forces réactionnaires ont tracé pour notre pays, et prendre en main notre propre avenir, est devenu une nécessité vitale exigeant de l'organisation. Le TKP fera tout ce qui est nécessaire pour y parvenir.
 

1 https://www.nato.int/fr/about-us/official-texts-and-resources/official-texts/1949/04/04/the-north-atlantic-treaty

2 https://www.aa.com.tr/en/turkiye/mecca-joint-defense-agreement-does-not-target-any-country-turkish-foreign-minister/4022116

3 https://www.aa.com.tr/fr/moyen-orient/l-accord-de-d%C3%A9fense-turkiye-arabie-saoudite-pakistan-ne-vise-aucun-pays-affirme-islamabad/4022492

4 https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/08/l-arabie-saoudite-la-turquie-et-le-pakistan-scellent-a-la-mecque-une-alliance-de-defense-inedite_6740783_3210.html

5 https://fr.timesofisrael.com/frustres-par-washington-des-pays-du-golfe-misent-sur-pekin-face-a-teheran/

6 https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites-amp/le-pacte-de-defense-entre-turquie-pakistan-et-arabie-saoudite-rappelle-l-article-5-de-l-otan-selon-un-ministre-7f39fb064599dcdd8970089a127b7f10

 

 

7 https://www.agenzianova.com/fr/news/firmato-accordo-di-difesa-comune-tra-pakistan-arabia-saudita-e-turchia/

 

 

8 https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/monde/4030-sommet-de-lotan-le-choix-confirme-de-la-militarisation-de-lalliance-imperialiste-occidentale

 

 

9 https://www.iris-france.org/arabie-saoudite-pakistan-turquie-un-accord-tripartite-pour-quoi-faire/

 

 

10 https://fr.wikipedia.org/wiki/Accord_strat%C3%A9gique_de_d%C3%A9fense_mutuelle