N° 998 08/10/2026 Le « sept octobre », c’est un peu comme le « onze septembre », chacun a le sien. Les uns déplorent la destruction des tours jumelles en 2001, les autres le coup d’État fasciste de Pinochet, en 1973. Pour le sept octobre 2023, il s’agit de deux interprétations du même événement. Nous avons tous les sionistes, qui déplorent la mort de pas mal d’entre eux, quand, à leur grande surprise, les Résistants palestiniens sont sortis du camp de concentration et ont infligé une défaite majeure à l’entité coloniale sioniste. Mais on compte aussi, très nombreux, les philo-sionistes, autant dire la « gauche » politique, dénonçant l’action de Résistance comme ce qu’ils appellent la réponse des sionistes et le génocide actif qui va avec. On peut aussi évoquer ceux nous disant que Netanyahu soit a refusé d’entendre les alertes, soit a sciemment laissé faire afin d’avoir un prétexte pour le génocide.
Tous ces gens, des sionistes les plus réactionnaires, à ceux qui croient aider les Palestiniens en disant : Netanyahu a tout organisé afin d’avoir un prétexte ont un fond idéologique commun : celui du refus d’envisager la question coloniale. Et pour cause, ils sont eux-mêmes imprégnés par l’idéologie coloniale, celle-ci a, en France, une force et un impact non connu, du moins avec cette ampleur, des autres pays du bloc impérialiste occidental, fussent-ils eux-mêmes des puissances néocoloniales au lourd passé colonial, comme la Grande Bretagne. Cela nous amène au fait suivant : seulement deux manières de concevoir l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », soit une action « terroriste » ou, en tout cas, meurtrière, soit une action de Résistance essentielle dans le cadre de la lutte de libération nationale de la Palestine. Le Parti Révolutionnaire Communistes adopte, évidemment, le second point de vue, le seul anticolonialiste. Nous développerons cette position après un examen des positions de la gauche dite radicale, à la lumière de leurs écrits le 7 octobre 2026, des prises de position à la date anniversaire.
Même la « gauche » est colonialiste dans ses positions sur la Palestine
Dans un article précédent, où nous évoquions la « preuve par la Palestine », nous montrions en quoi la question palestinienne permet d’éclairer sur ce qu’est réellement la « gauche » politique, un courant idéologique au service du Capital, miné par l’idéologie coloniale. Ce sept octobre 2026 n’a apporté aucune contradiction à cette analyse, bien au contraire. La « gauche » considérée comme la plus radicale, est adepte du colonialisme des bons sentiments, elle n’est décidément pas au rendez-vous de l’histoire. Ses expressions continuent de mettre dos à dos un peuple colonisé et un État colonisateur, en condamnant toutes les « violences », y compris la résistance anticoloniale, en parlant de paix et jamais de libération de la Palestine. Les différents messages des dirigeants de « gauche radicale » ne comportent aucune allusion à la directive Hannibal, ni au statut de colon de la plupart des morts de l’opération « déluge d’Al-Aqsa » dans le camp sioniste. On se demande même, en les lisant, s’il s’est passé quelque chose en Palestine avant cette date fatidique.
Chez LFI, le silence semble être la ligne. Probablement pour des raisons électorales, les dirigeants insoumis n’ont pas posté de message concernant le 7 octobre 2023 sur les réseaux sociaux. Nous pouvons seulement nous mettre sous la dent une réponse d’Aymeric Caron contenant cet extrait : « Netanyahou, celui qui a permis le financement du Hamas, celui qui savait pour le 7 Octobre et qui a laissé son peuple se faire massacrer. », nous ressort la vieille fable sioniste de l’incompétence des colonisés palestiniens, incapable de surprendre et d’entamer la crédibilité de l’entité coloniale sioniste seule, ayant donc forcément été aidées. Heureusement pour nous, Manon Aubry, n’est pas forcément le couteau le plus affûté du tiroir, n’a pas tenu compte de ce qui semble être une consigne et a publié un texte vallant son pesant d’or : « Il y a 3 ans, plus de 1200 femmes, hommes et enfants étaient assassinés par le Hamas et 251 personnes étaient prises en otage. Des vies innocentes balayées dans l'horreur absolue. Mes pensées vont aux victimes et à leurs proches. Nous n'oublions ni leur douleur ni le traumatisme collectif qu'est le 7 octobre pour les Israéliens. La vengeance aveugle sur tout le peuple palestinien perpétrée dès le lendemain et depuis 3 ans par l'État d'Israël et Benjamin Netanyahou est source d'une souffrance incommensurable. Le génocide à Gaza, la colonisation et l'apartheid en Cisjordanie sont insupportables et contiennent en germe la perpétuation des souffrances et de la violence. La justice, le droit international et la paix sont les seules issues pour briser ce cycle infini et qu'enfin Israéliens et Palestiniens puissent cohabiter. ». Ce texte est un modèle du genre, on y trouve tous les poncifs de la propagande sioniste. Citons, pêle-mêle, le Hamas au lieu de la Résistance palestinienne ; le « traumatisme qu’est le 7 octobre pour les Israéliens », on croirait lire du Horvilleur ; la « vengeance aveugle sur tout le peuple palestinien », reprenant la fable du génocide comme riposte, et, sous-entend qu’une vengeance contre les seuls Résistants eût été légitime : la question palestinienne limitée à Gaza et la Cisjordanie ; bien entendu l’évocation du mythique « droit international » n’est rien d’autre que le droit impérialiste occidental ; et le concept de paix entre colonisés et colonisateurs. Même si le mot colonisation y figure, ce texte n’appréhende en aucune manière la question coloniale. Tous les militants de la solidarité avec la Palestine voyant en LFI des parangons de vertu de la lutte pour la libération de la Palestine devraient lire ce message, afin de revenir sur Terre. LFI est bien dans la mouvance colonialiste des bons sentiments.
Et le PCF compte également parmi ses membres. Fabien Roussel s’est fendu de deux expressions. La première condamne la Résistance des colonisés : « Il y a 3 ans, 1 200 Israéliens, hommes, femmes et enfants, étaient massacrés par le Hamas dans une opération terroriste parmi les plus meurtrières de ce siècle. Nos pensées les plus sincères aux familles et aux survivants. Que la justice et la paix l’emportent enfin. ». Passons sur les Palestiniens, mais aussi les Thailandais, Philippins, Sri-Lankais, Népalais également morts ce jour-là, non cités par Roussel. Son écrit est le prototype de la doxa sioniste. Le second nous entraîne dans la mise sur le même plan des colonisés et des colons : « Le 7 octobre nous rappelle que le terrorisme doit être condamné sans aucun état d'âme. Depuis l’attaque du Hamas un autre terrorisme sévit, celui de Benjamin Netanyahou et son gouvernement qui pratiquent un véritable terrorisme d’État. ». Tout en dénonçant l’action de l’entité coloniale sioniste (qu’il n’appelle jamais ainsi), Roussel valide le concept de « terrorisme », directement issu de la propagande impérialiste occidentale. Est-ce que ce « terrorisme », non défini par Roussel, signifierait la lutte armée anticoloniale ? Après ce texte, on peut légitimement se poser la question. Enfin, pour Roussel comme pour Aubry, nous ne voyons nulle appréhension de la question coloniale.
Lutte Ouvrière, on le sait, est dans une autre logique, mais ne perçoit pas plus que les deux autres la question coloniale. C’est la raison de cette non-perception qui est différente. Nathalie Arthaud nous écrit ce résumé de la pensée de LO sur la question coloniale en général, justement : « Le 7 octobre a rappelé de la pire des façons que la guerre permanente de l'État d'Israël contre les Palestiniens ne laissera jamais les Israéliens en paix. Un peuple qui en opprime un autre ne peut être libre. La population israélienne est, elle aussi, victime de la politique d'extermination de ses dirigeants contre les Palestiniens. Face aux impasses sanglantes du sionisme et des nationalismes, la seule perspective est la solidarité de tous les exploités du Moyen-Orient contre leurs propres dirigeants et contre l'impérialisme ! ». Si LO n’est pas anticolonialiste, c’est à cause de son idéologie internationaliste anti-nation. Elle met sur le même plan le sionisme, idéologie coloniale, raciste et fascisante et le nationalisme, non pas des peuples du centre impérialistes, mais des peuples colonisés aspirant à la libération. Cela rejoint le discours de LO sur les migrations forcées d’Africains (ou autres) qui fuient la misère, la guerre, le dénuement, en espérant un avenir moins sombre dans les pays du bloc impérialiste occidental. LO parle de « libre circulation des hommes », refusant de réfléchir aux causes des migrations. Mais surtout, ce slogan de libre circulation justifie parfaitement l’arrivée en Palestine des colons européens, donc l’entreprise des impérialistes britanniques d’installer un État tampon en Palestine, devenu le prolongement organique de l’impérialisme occidental. Là encore, il s’agit de colonialisme des bons sentiments. Nous y trouvons des plaintes concernant la population « israélienne » elle serait maltraitée par son gouvernement, alors qu’il s’agit de colons, parfaitement en phase avec Netanyahu quant au génocide.
Enfin, nous n’avons trouvé aucun écrit de la CGT ni de ses responsables. La centrale syndicale s’est tenue largement à l’écart du mouvement de solidarité, très vite construit en France, même s’il reste peu nombreux. Si certains de ses militants ou certaines de ses structures ont participé activement à la solidarité en faveur du peuple palestinien, la direction confédérale s’est contenté d’appeler tous trois à six mois, à une manifestation pour « une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens », c’est-à-dire une position, non seulement colonialiste, mais, en outre, totalement en-dehors de la réalité. Le silence de la direction de la CGT le 7 octobre 2026, gageons le, a pour seule explication, contrairement à celui de LFI, que la franche indifférence ressentie par la direction confédérale de la CGT, pour la situation en Palestine et la question coloniale en général. Sophie Binet, reproche souvent à X ou à Y de ne pas avoir retenu les leçons de l’histoire, elle ferait bien de se pencher sur celle de la CGT et prendre connaissance de son passé anticolonial.
Le sens du « sept octobre » pour les militants révolutionnaires
S’il n’a pas ébranlé le monde, comme le sept novembre 1917, le sept octobre 2023 a eu un impact décisif sur l’avancée de la cause palestinienne, en Palestine même et pour la conscience des travailleurs et des peuples du monde.
Il ne s’agit, en aucun cas, rappelons le, du début de quoi que ce soit. C’est un événement dans la longue série des actes de la Résistance palestinienne contre la colonisation et l’occupation de la Palestine par les colons occidentaux sionistes, un événement parmi les nombreux dont est émaillée la guerre coloniale menée par les impérialistes occidentaux et leurs supplétifs, les colons sionistes face à la guerre de libération nationale menée par la Résistance palestinienne.
Cette attaque de la Résistance est totalement légitime. Nous ne disons pas cela au nom du « droit international », une chimère dont nous ne reconnaissons pas la légitimité, mais au nom de la logique de lutte des classes. La colonisation moderne s’est déroulée au début du stade impérialiste du capitalisme, avec la conquête de l’Afrique, de l’Asie et de l’Océanie par les grandes puissances impérialistes occidentales, essentiellement les trois premières, la Grande Bretagne, la France et l’Allemagne. Cela représente une strate supplémentaire de la lutte des classes, celle des capitalistes des pays impérialistes, non contre leur propre prolétariat, mais contre le prolétariat des peuples opprimés par le colonialisme, et même contre une partie de la Bourgeoisie des pays colonisés. Au besoin, ces mêmes capitalistes ont utilisé une petite partie de leur propre prolétariat afin d’installer des colons. Dans ce cadre, toute action, quelle qu’elle soit, y compris armée, de la part des colonisés contre l’État colonial est parfaitement légitime.
Par ailleurs, le grand mérite de l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », c’est d’avoir fait sortir la question palestinienne de dessous le tapis où elle était destinée à rester pour que l’entité coloniale sioniste puisse bénéficier des accords d’Abraham avec l’ensemble des pays de la région. Le peuple palestinien a payé et paie un prix exorbitant, mais il continue de résister et sa Résistance armée n’est toujours pas vaincue. Et surtout, les travailleurs, les peuples du monde entier ont, peu à peu, vu le visage des génocidaires et compris la philosophie de l’État colonial sioniste. De plus en plus de travailleurs, dans le monde, perçoivent l’horreur du génocide et le caractère insupportable de la colonisation de substitution. Le problème, comprennent-ils, n’est pas seulement le gouvernement de Netanyahu, mais bien le sionisme dans son ensemble, de son projet à sa réalisation. L’entité coloniale sioniste est aujourd’hui un État paria, condamné par les peuples du monde et beaucoup le veulent voir disparaître. Cette évolution positive dans la perception du sionisme a une seule cause, l’attaque du 7 octobre 2023, organisée par cinq mouvements armés de Palestine. La Résistance a donc préservé la cause palestinienne, destinée à mourir de sa belle mort par les occidentaux et les dirigeants arabes, et certainement pas les compradores de Ramallah.
Analyser l’action de la Résistance, implique de faire de même pour les collaborateurs installés à Ramallah, à l’issue du processus d’Oslo, de la paix coloniale. Dans tout processus de colonisation au temps du stade impérialiste, la Bourgeoisie locale se range dans deux camps, la Bourgeoisie compradore accepte la domination coloniale et en tire tous les avantages matériels possibles. Il se dessine au contraire une Bourgeoisie nationale diverse sociologiquement, mais unie sur la volonté de chasser le colonisateur, soit qu’elle soit au moins en partie brimée, soit qu’elle ambitionne de devenir la classe dominante du pays libéré. Si le Fatah de Yasser Arafat a représenté la parole de la Bourgeoisie nationale, essentiellement une petite bourgeoisie, et a joué un rôle essentiel dans la Résistance, la clique de Mahmoud Abbas représente, quant à elle, la Bourgeoisie compradore. Les « forces de sécurité » palestiniennes, environ 60 000 hommes aux ordres d’Abbas, sont seulement des flics supplétifs des sionistes, et Abbas lui-même ne tient son maigre pouvoir que de la volonté des dirigeants sionistes et, surtout, des occidentaux de l’Union européenne agitant le masque de la reconnaissance d’un « État palestinien », contraints par le rapport de force mondial, mais à usage essentiellement interne. Pour tenter de continuer à faire croire qu’ils ne sont pas complètement philo-sionistes, ils ont besoin de la figure d’Abbas, qui les remercie régulièrement pour leur action, consistant pourtant à tenter de nouveau d’enterrer la cause palestinienne.
La Bourgeoisie nationale, n’est certes pas la classe la plus à même de mener le combat pour une véritable libération nationale, c’est bien entendu le prolétariat. Partout où la libération nationale s’est faite sous la direction de cette frange de la Bourgeoisie, passés les premiers dirigeants, elle s’est parfaitement contentée de devenir la classe dominante d’un pays devenu indépendant. Le montrent l’évolution de l’Égypte après Nasser, de l’Algérie après Boumediene, et, à un degré moindre, car l’école et la santé continuèrent d’être gratuites, de la Syrie et de l’Irak après l’éviction des premiers dirigeants du mouvement Baasiste, par Hafez El-Assad ou Saddam Hussein. Lorsque le mouvement ouvrier dirige le processus de libération nationale, cela donne le Vietnam, ceci est totalement différent. Néanmoins, quand le prolétariat est trop faible, il faut être aux côtés de la Bourgeoisie nationale, qu’elle soit représentée par le Fatah ou le Hamas, afin de mener le combat pour la libération nationale. Les organisations palestiniennes marxistes-léninistes, le FPLP et le FDLP, sont donc, logiquement, aux côtés du Hamas afin de mener la lutte de libération nationale.
En conclusion
Le sept octobre 2023 est donc bien un moment de la libération nationale de la Palestine. Il doit être considéré comme tel, sans larmes de crocodiles sur les colons tués, en tant que colons ; sans voir seulement les victimes palestiniennes qui ont suivi ; sans exprimer de doutes sur l’idéologie du Hamas, ce n’est pas notre rôle de militants au sein du centre impérialiste ; sans sous-estimer l’état actuel de l’entité coloniale sioniste, plus près de sa fin que beaucoup ne le pensent.
L’opération « Déluge d’Al-Aqsa » ouvre la voie vers la libération de la Palestine, du fleuve à la mer, c’est un acte majeur du combat de classe contre les colons sionistes et contre les Bourgeois capitalistes occidentaux, elle est une première marche vers le démantèlement de l’État colonial sioniste.
Le parti Révolutionnaire Communistes soutient la Résistance palestinienne sous toutes ses formes et combat ses ennemis philo-sionistes, des partisans de Netanyahu à ceux de la résolution de l’ONU de septembre 2025, en passant par toutes celles et tous ceux qui parlent de « paix entre Palestiniens et Israéliens », fût-elle juste et durable, et refusent le combat pour la libération nationale de la Palestine.
Nous le disons à nouveau ; les Résistants palestiniens combattent le même ennemi qui nous opprime : l’impérialisme occidental. Leur victoire serait un signal fort en faveur de notre propre émancipation. Un peuple luttant pour sa libération nationale, contre une créature des impérialistes occidentaux, lutte aussi contre la colonisation et ses présupposés idéologiques qui gangrènent aujourd’hui l’ensemble de la « gauche » française.
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, qui affronte directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation.