N° 963 04/02/2026 Le secrétariat à la guerre, des États-Unis, notons que le changement de nomination de secrétariat à la défense pour celui de la guerre, n'a rien d'anodin, a publié en janvier un document intitulé : " National Defense Strategy 20261 " dont le titre : " établir la paix par la force pour un nouvel âge d'or de l'Amérique " est en soi tout un programme. Ce document fait suite à celui sur la Stratégie de Sécurité Nationale Américaine2. Ces deux documents ont évidemment une philosophie commune, ils visent à préparer les États-Unis aux affrontements au sujet du repartage impérialiste du monde.
Le document sur la Stratégie de Sécurité Nationale Américaine pose du point de vue de la bourgeoisie monopoliste états-unienne, la question de fond. Il conforte nos analyses sur la nature des affrontements au sein d'un système impérialiste voyant l'émergence de nouvelles forces, la Chine et l'Asie, avec le déclin de l'Europe qui fut au XIXéme siècle le centre des luttes en faveur de la domination mondiale. Ce que raconte ce document, c'est la réalité et la perception que l'équilibre des forces né de la seconde guerre mondiale est en train de changer. La suprématie États-unienne déjà affirmée à l'issue de la première guerre mondiale, en est sortie comme la première puissance capitaliste tandis que le camp socialiste s'élargissait. Tout cela est en train de se modifier entraînant des secousses sismiques d'une intensité inconnue jusqu'alors.
La Stratégie de Défense Nationale Américaine 2026 apparaît comme le versant militaire des objectifs fondamentaux que se fixent les États-Unis afin de conserver leur suprématie actuelle. Le document acte une rupture après trente années de post-guerre froide, où les États-Unis associaient leurs interventions, elles furent nombreuses, à la construction d'un ordre capitaliste accompagné d'un maquillage moral. Ici, le discours est on ne peut plus clair :
- l’Amérique ne se bat plus " partout, pour tout, pour tout le monde"
- elle hiérarchise les menaces selon leur impact direct sur la sécurité, la liberté et la prospérité des Américains,
- elle renonce à " faire le bien" à l’échelle planétaire, mais se réserve le droit d’agir brutalement quand ses intérêts vitaux sont en jeu.
Les priorités sont clairement exprimées comme étant celles de l'Amérique et de la Chine, tandis que les théâtres d'opérations sont priorisés sur l'Amérique et le continent américain sur la base d'une doctrine Monroe renforcée. La défense du territoire est conçue au travers d'une sorte de bouclier multi couches (Golden Dome for America) contre les missiles et drones, présentés comme une priorité nationale.
La Chine, est aux yeux des États-Unis la seule vraie puissance rivale systémique :
- Pékin est décrite comme la deuxième puissance mondiale, dotée d’un effort militaire massif, rapide et sophistiqué, avec une capacité de projection régionale et extra régionale.
- L’enjeu n’est pas de changer le régime chinois, mais d’empêcher toute domination chinoise de l’Indo-pacifique, futur " centre de gravité de l’économie mondiale" dont dépend directement la prospérité américaine.
- L’outil militaire est centré sur une défense le long de lapremière chaîne d'îles, destinée à rendre prohibitif tout scénario d’agression chinoise, c'est l'endiguement local, tout en maintenant des capacités de frappe globale depuis le territoire américain.
La Russie est considérée comme une menace gérable, aux européens de la contenir en s'en donnant les moyens. Les européens y compris l'Ukraine doivent assumer cette situation sans compter sur les États-Unis, étant entendu que la Russie, n'est pas en capacité d'être hégémonique en Europe compte-tenu de ses capacités économiques.
Au Moyen-Orient, Israël considéré comme un allié fiable, possédant les moyens du contrôle de la situation, les États-Unis pouvant compléter ce dispositif par des frappes limitées, tel fut cas récemment contre le programme nucléaire iranien.
En clair, concernant l'Europe il s'agit d'augmenter son effort militaire; L'objectif officiel désormais mis en avant : 3,5% du PIB en dépenses militaires dures et 1,5% supplémentaire en dépenses de sécurité, soit 5% du PIB. Cependant, cet effort doit profiter à l'industrie de guerre américaine pivot de la réindustrialisation, comme fournisseur d'armements, mais pas seulement ainsi :
La stratégie parle explicitement :
- de coopération industrielle transatlantique accrue,
- d’abaissement des barrières de commerce de défense,
- de mobilisation quasi nationale de l’économie américaine comparable à celle des deux guerres mondiales et de la guerre froide.
L'union Européenne est au pied du mur. Concernant les États-Unis, son réarmement pour devenir une puissance est une exigence qui doit trouver un pivot parmi les États les plus puissants, ce qui ne va pas évidemment sans une conflictualité d'intérêts entre une Allemagne étant la puissance économique dominante et entend développer ses capacités militaires et la France possédant une autonomie stratégique avec sa force nucléaire. Autant dire que les contradictions au sein même de l'UE vont être accentuées par la stratégie états-unienne.
Le document que nous venons de commenter s'inscrit donc dans une trajectoire où les contradictions au sein du système impérialiste vont encore s'exacerber.
2 https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/amerique-du-nord/3718-strategie-de-securite-nationale-americaine-ou-comment-preparer-les-etats-unis-aux-affrontements-pour-le-repartage-imperialiste-du-monde




