N° 989 05/08/2026 Donald Trump a annoncé, il y a une semaine, que son soi-disant plan de paix avançait et que le Hamas et les autres organisations de la Résistance avaient accepté de se désarmer. De bonnes âmes et nos media ont répandu urbi et orbi la nouvelle, emboitant le pas aux mensonges de Trump. Nous publions ci-dessous la déclaration intégrale du Hamas, datée du 31 juillet dernier, qui enterre toutes ces billevesées. D’ailleurs, l’affaire est terminée, puisque Netanyahu a annoncé que l’armée d’occupation ne se retirerait pas de Gaza. Gageons que l’on verra de nouveaux épisodes du plan de Trump, malgré l’évidence que les sionistes ne permettront jamais aucune avancée et que le « plan » n’est rien d’autre qu’un moyen d’occuper la galerie pendant que l’État colonial sioniste continue de massacrer. Témoins les 112 cadavres dissimulés que les Palestiniens de Gaza ont retrouvés et enterrés solennellement le 3 août dernier.
Voici donc la Déclaration intégrale du Hamas sur le désarmement (traduction au plus près du texte original):
« Le Hamas et les factions palestiniennes ont traité de manière responsable et positive le processus de négociation ainsi que les propositions des médiateurs visant à achever la mise en œuvre de la deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu.
Cela a été fait dans le cadre d’un consensus national entre les factions palestiniennes, reflétant un esprit de partenariat et de responsabilité, découlant de notre engagement à protéger notre peuple, à répondre à ses besoins humanitaires et à préserver ses droits nationaux.
L’engagement de l’occupation à mettre fin aux tueries et à cesser son agression constitue la condition préalable fondamentale et la première étape vers la mise en œuvre de cet accord. Cela comprend l’établissement d’un cadre et d’un calendrier pour ce qui a été convenu. Il est souligné que la mise en œuvre de la deuxième phase de l’accord est conditionnée au respect, par l’occupation, de toutes les dispositions de la première phase.
L’inclusion de la question des armes lourdes dans le cadre de l’accord est liée à, et conditionnée par, une cessation totale de toutes les formes d’agression, un retrait complet de la bande de Gaza, la réalisation du relèvement, l’entrée en fonction du Comité administratif, le déploiement de forces de protection internationales, le démantèlement des gangs armés et des milices formés par l’occupation, la reconstruction, la garantie du droit à l’autodétermination, l’établissement d’un État palestinien indépendant et la protection des droits des citoyens.
Le Hamas et les factions palestiniennes adressent leurs salutations et leur appréciation à notre peuple résistant dans la bande de Gaza, et réaffirment leur engagement à poursuivre ensemble leurs efforts sur cette voie, pour le bien de notre peuple et afin de préserver ses droits. »
N°988 29/07/2026 Bora Yilmaz, responsable du PCF, a publié dans L’Humanité le 22 juillet dernier une tribune s’ajoutant aux nombreuses expressions en défense de la sioniste Barbara Butch. Cette tribune a un côté insupportable, reprise de tous les poncifs de l’idéologie dominante, mensonges sur l’événement et les reproches faits à Barbara Butch, renvoi dos à dos des anticolonialistes et des colonialistes, texte hors du réel. Mais surtout, elle est représentative de l’état d’incompréhension totale de la question palestinienne et de la question coloniale en général qui prévaut au PCF.
Des faussetés qu’il eût été possible d’éviter, en vérifiant
Bora Yilmaz parle « d'une manifestation, initiée par LFI Grenoble, ses élus municipaux et des militants ». Il suffit de consulter les récits de participants pour s’apercevoir que c’est faux. L’un d’eux rapporte : « L’action était organisée par la plateforme de soutien à la Palestine locale » et « « LFI a participé à l’action et a demandé le boycott en amont, mais ce n’était ni les organisateurs ni les dirigeants de l’action ». Des organisations comme « Urgence Palestine » et Tsedek appelaient et participaient à l’événement.
Plus loin, il parle de : « la fausse information d'une participation à la pride de Tel Aviv en 2025, ce qui relève de la manipulation » ceci constitue un mensonge. En réalité, Barbara Butch devait bien se produire lors de la marche des fiertés de Tel Aviv, mais la manifestation a été annulée par les dirigeants de l’entité coloniale sioniste à cause de l’agression impérialiste contre l’Iran. Elle n’a donc pas refusé d’y officier. En outre, elle a bien « mixé » pour une soirée à Tel Aviv chez l’ambassadeur de France. Elle s’est donc réellement rendue dans l’État colonial sioniste et s’est bien produite en toute quiétude à quelques kilomètres des lieux du génocide.
Ensuite il nous ressort la fable de Barbara signant un texte contre l’antisémitisme et le regrettant « précisant sa ferme opposition aux menées criminelles du gouvernement d'extrême droite en Israël, ce qu'elle a encore réaffirmé ces derniers jours. ». Or, s’il est bien possible que Barbara Butch ait, comme tous les sionistes de « gauche », critiqué la politique de Netanyahu, elle n’a pas eu un mot contre le génocide des Palestiniens.
Comment ne combattre uniquement Netanyahu et pas le sionisme
Cette réflexion sur le « gouvernement d’extrême-droite de Netanyahu » éclaire la position de Yilmaz et du PCF. Le sionisme, projet colonial depuis le départ, qui est dans le viseur, ni le colonialisme de substitution, mais seulement le gouvernement de Netanyahu, alors que nous le savons, la population des colons approuve quasiment dans son ensemble la démarche consistant à terminer la besogne que Ben Gourion a laissée inachevée en 1948.
Et, quand Bora Yilmaz dit : « Si les communistes ont clairement exigé le retrait de la loi Yadan, l'estimant dangereuse pour les libertés publiques, la signature de cette tribune ne fait pas de l'artiste un "soutien à la propagande de Netanyahu" ou la "complice d'un État génocidaire". », cela prouve soit qu’il n’a pas lu la proposition de loi Yadan (ni l’analyse que nous en avons faite, mais ce n’est guère étonnant), soit qu’il ne comprend rien à l’enjeu représenté par la répression d’État des militants de la solidarité avec la Palestine libre pour l’État bourgeois et le Grand Capital, soit les deux. Balayer d’un revers de main la loi Yadan, celle-ci va revenir sous la forme du projet de loi de Bergé, en disant qu’elle est seulement un danger pour les libertés publiques, c’est passer totalement à côté de l’enjeu, des buts cherchés par ses thuriféraires, dont fait partie Barbara Butch. Elle est un des outils de la formidable machine de guerre déployé par l’État capitaliste pour limiter et réprimer, voire empêcher la solidarité réelle avec la Palestine, c’est-à-dire la remise en cause de l’entité coloniale sioniste et de l’impérialisme occidental qu’il prolonge, et ce, depuis la circulaire de Dupond-Moretti en octobre 2023. Tout partisan de la proposition de Yadan est objectivement quelqu’un voulant empêcher que l’on évoque ou défende la libération nationale de la Palestine, donc un prosioniste et un complice du génocide.
Le boycott culturel : inconnu au bataillon
Bora Yilmaz semble oublier un pan entier des actions de boycott de l’entité sioniste. Il écrit : « L'appel au boycott d'une artiste française juive à qui on reproche ses prises de position n'a en effet rien à voir avec les actions visant l'économie et les politiques israéliennes, pour dénoncer la violation du droit international et les crimes de guerre commis par le gouvernement de l'État d'Israël. ».D’une part le boycott en général n’est pas seulement une dénonciation de la violation du soi-disant droit international ni des crimes de guerre, c’est un moyen de lutte pour aider à la libération de la Palestine et c’est, objectivement, même si tous les acteurs de BDS n’en ont pas forcément conscience, une remise en cause de l’existence même de l’État colonial sioniste. En outre, Bora Yilmaz semble totalement ignorer le boycott culturel n’étant pas un boycott économique mais un moyen de pression sur tous ceux et toutes celles, dans le monde de la culture, entretretiennent, d’une manière ou d’une autre, des rapports avec l’entité coloniale sioniste. Il n’est pas étonnant qu’un dirigeant du PCF, lequel avait diffusé un film de Nadav Lapid à la Fête de l’Humanité malgré les protestations de cinéastes palestiniens, ignore tout du boycott culturel. Peut-être n’était-il pas membre du PCF dans les années 80, mais, à l’époque, le même PCF a soutenu le boycott culturel contre l’Afrique du Sud. C’est exactement la même chose.
Essentialisation des juifs, une inversion en plein dans l’idéologie dominante
Lorsqu’il écrit : « Cette attaque contre Barbara Butch entretient une confusion inacceptable entre la politique de l'État d'Israël et les Juifs de France, sommés d'adopter les "bons positionnements", sous peine de se voir affichés et ciblés. », Bora Yilmaz nous prouve une fois de plus qu’il n’a pas dû lire la proposition de loi Yadan. Dans le monde réel, c’est le contraire qui se passe, ce sont les partisans de l’entité sioniste parlant « d’État juif », de « peuple juif » et enjoignant aux juifs de France d’être des soutiens de l’État colonial et du colonialisme de substitution. Les Yadan, Bergé, la LICRA, le CRIF traitent de traîtres au judaïsme ou même d’antisémites les juifs antisionistes, par exemple ceux de l’UJFP et de Tsedek. C’est au nom de l’holocauste des juifs que ces idéologues veulent interdire la remise en cause de l’État colonial sioniste alors que le lien entre cet holocauste et la création de l’entité en 1948 et une construction idéologique.
Il existe aussi, derrière cette obstination à rappeler urbi et orbi que Barbara Butch est juive, la volonté, même si elle n’est pas explicite, de dire que la dame n’a pas été ciblée comme complice du génocide, mais en qualité de juive ; voire en tant que militante LGBTI. Là non plus, ce n’est pas explicite, mais nous avons quand même droit à la phrase : « Barbara Butch est une artiste progressiste, engagée et connue pour sa contribution à la cérémonie d'ouverture des JOP de Paris, qui lui avait valu une violente campagne lesbophobe, grossophobe, antisémite et sexiste, conduite par l'extrême droite. ».
Ensuite, Bora Yilmaz ne semble pas au courant des réponses faites par certains sionistes pour justifier leurs liens avec l’entité coloniale génocidaire, en expliquant que les juifs de France ont souvent des liens avec l’entité et qu’ils y vont pour voir leur famille, pour essayer de se dédouaner de la complicité avec le génocide alors qu’au contraire, ça l’expose à la vue de tous. On en arrive à une situation où si un sioniste dit « mais vous devez comprendre que tous les juifs de France ont de la famille en Israël et des liens étroits avec », c’est normal, mais si la même phrase est dite par un partisan de la libération de la Palestine, dénonçant ces liens avec l’État colonial sioniste, cela devient antisémite.
Le discours dominant sur l’antisémitisme et rien sur la Palestine
On peut commencer par dire que Bora Yilmaz est responsable, au PCF, de la commission « Lutte contre le racisme et l'antisémitisme ». Cela signifie que le PCF considère l’antisémitisme comme un racisme à part, voire plus grave que les autres. C’est totalement la construction idéologique dominante, visant à justifier l’existence de l’entité coloniale sioniste et à utiliser l’antisémitisme, avec un sens modifié, pour fustiger les partisans de la libération nationale de la Palestine. On retrouve cette construction dans une phrase disant : ceci l’initiative contre Barbara Butch « alimente le regain d'antisémitisme dans notre pays et dessert le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien en le détournant de ses objectifs politiques. ». L’affirmation de regain de l’antisémitisme en France, n’est pas étayée par des condamnations judiciaires en hausse et l’affirmation que l’initiative dessert la cause palestinienne n’est pas plus étayée. Il s’agit d’un argument d’autorité.
La position du PCF est résumée par cette phrase de Bora Yilmaz : « Nous nous opposons fermement tout à la fois à l'assimilation de la critique de la politique israélienne à de l'antisémitisme et au dévoiement à des fins antisémites du soutien au peuple palestinien. ». C’est-à-dire que Bora Yilmaz cautionne et approuve le point de vue des dominants certifiant qu’une partie des soutiens au peuple palestinien aurait des buts antisémites. Or, rien de cela n’a jamais été prouvé. Ceci est très significatif très significatif que la plupart des poursuites judiciaires contre les partisans de la libération nationale de la Palestine se fait, non pas au nom de l’accusation d’antisémitisme mais de celle d’apologie du « terrorisme ».
En revanche, le dirigeant du PCF n’évoque pas la Palestine, dans son écrit, alors qu’elle est centrale dans cette histoire. Si l’expression « soutien au peuple palestinien » est utilisée plusieurs fois, c’est pour dire qu’il est détourné ou dévoyé. Il n’est pas question de génocide, mais seulement de violations du droit international ou de crimes de guerre ; l’expression « État génocidaire » est utilisée une fois, mais pour défendre Barbara qui n’en serait pas complice aux dires de Bora Yilmaz.
Et rien sur la répression d’État
En France, les partisans du sionisme, comme Barbara Butch, ne sont pas poursuivis par la police et la justice, les forces de répression de l’État bourgeois, mais bien celles et ceux défendant la libération de la Palestine, Bora Yilmaz n’a pas un mot pour l’évoquer. Pourtant les pleureuses s’alarment et Yilmaz avec eux, pour quelque chose de bien moins important que ce dont sont menacés Alex, Omar Alsoumi, Ramy Schaath, François Burgat et d’autres ou ce qui est arrivé à Amira Zaiter. Le Capital déploie tous ses moyens d’action afin d’empoisonner la vie des militants de la Palestine libre, en prive certains de l’accès à leur compte bancaire, les condamne à des peines ahurissantes met en place une véritable criminalisation de l’anticolonialisme. Le PCF est muet à ce sujet. En revanche, lorsque les militants de la Palestine libre ripostent en se disant qu’aucun des soutiens publics à l’État colonial sioniste ne doit être tranquille, qu’il faut perturber leurs concerts, exhibitions, etc., alors, comme toute la droite et le reste de la gauche officielle sauf LFI, le PCF proteste.
Cette répression d’État, si le PCF n’en parle jamais, c’est parce qu’elle est un sacré coin enfoncé dans sa posture de défenseur de la Palestine. Car cette répression, après des balbutiements tous azimuts au début, n’a plus rien à voir avec « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens. », mais cible bien les authentiques défenseurs de la libération de la Palestine. Les « ni Netanyahu, ni Hamas », les colonialistes des bons sentiments de la « solution à deux États », les sionistes de gauche, type Barbara Butch, ne sont pas visés par cette répression, parce qu’ils ne dérangent pas le Capital, les impérialistes occidentaux, puisqu’ils sont tous favorables à ce que perdure l’entité coloniale sioniste.
Un soutien du PCF dans les faits à l’État colonial sioniste
De la critique du seul Netanyahu, au silence sur la répression d’État, en passant par le soutien à Barbara Butch, le PCF finit de glisser vers le soutien objectif à l’entité sioniste, alors qu’historiquement, il a longtemps soutenu la Palestine et sa Résistance armée. Ce long chemin vers la normalisation, entrepris depuis Oslo, semble être arrivé au but.
La fin du texte de Bora Yilmaz : « Je soutiens Barbara Butch pour les violentes attaques dont elle fait l'objet. Je soutiens la municipalité de Grenoble qui, jusqu'au bout, a tenu bon et affirmé son engagement en faveur de la liberté de création et de programmation, à travers la voix de l'élu communiste Alexis Monge, maire adjoint en charge de la Culture. » est en réalité une marque ou même un stigmate du soutien de fait du PCF à l’entité coloniale sioniste. C’est d’ailleurs ce qu’ont compris les militants présents lors de l’initiative, huant copieusement le fameux maire-adjoint venu justifier laborieusement la décision de la mairie de Grenoble de ne pas déprogrammer Barbara Butch.
Par ailleurs, la commission culture du PCF a publié un communiqué du même acabit, disant notamment : « Nous combattons la loi Yadan, qui entend elle-même porter une atteinte gravissime à la liberté d’expression. On a le droit de ne pas vouloir venir partager une soirée avec une artiste qui a pris position politique en sa faveur et de faire entendre sa révolte face à cette opinion. Mais est-on fondé à interdire, de fait, ses prestations ? Barbara Butch doit pouvoir se produire là où elle est invitée et programmée. ». Il y a d’abord une incompréhension totale de la gravité des actes commis par Barbara Butch, surtout quand l’État bourgeois réprime à tour de bras, chose pas évoquée dans le communiqué ni dans la tribune. Mais surtout, on voit un refus de poser les vrais enjeux et une mauvaise foi manifeste. L’évocation de la loi Yadan est encore purement rhétorique, l’enjeu du boycott culturel encore négligé. Concernant le PCF, la défense de la colonisation de la Palestine est une opinion comme une autre.C’est clairement une normalisation des avis des complices du génocide, de tous les colonialistes.
On ne peut pas soutenir la Palestine sur la base d’une nostalgie pour l’OLP, n’étant plus qu’une coquille vide, devenue un soutien aux compradores de Ramallah, donc à la survie de l’entité sioniste. On ne peut pas soutenir la Palestine si on ne revendique pas le démantèlement de l’État colonial sioniste, toute position visant à le maintenir est un soutien à la poursuite de la colonisation. On ne peut pas soutenir la Palestine si on ne combat pas l’ensemble du courant colonial sioniste, de Ben Gvir à Herzog, du Betar à Golem, de Meyer Habib à Barbara Butch.
On ne peut pas soutenir la Palestine en renvoyant dos à dos les partisans de l’entité sioniste et ceux de la libération nationale de la Palestine. On ne peut pas soutenir la Palestine en soutenant une liberté de création bourgeoise, ne bénéficiant qu’aux artistes prosionistes. On ne peut pas soutenir la Palestine en utilisant les arguments de l’idéologie dominante, spécialement la judéité, argument massue de la propagande sioniste. On ne peut pas soutenir la Palestine si on ne dit ni ne fait rien en défense des victimes de la répression d’État, exacerbée depuis plus d’un an.
Ce que prouve l’événement de Grenoble, et ce qui l’a précédé puis suivi et qu’on peut être femme, militante LGBT, de « gauche » et se trouver dans le camp de la colonisation. Quand on soutient vraiment la libération nationale de la Palestine, on défend Alex, Omar Alsoumi, Olivia Zemor, Ramy Schaath, pas Barbara Butch !
Dans ce temps où nous devons plus que jamais parler de la Palestine, les réactions prouvent une nouvelle fois, s’il le fallait que la grande majorité de la « gauche » en France ne défend pas la libération nationale de la Palestine, n’est pas au clair sur la question coloniale, car trop marquée par le colonialisme « des bons sentiments ». Au lieu de parler de la Palestine, cette gauche défend une artiste soutenant l’entité sioniste. Et, au sein de cette « gauche », la tribune de Bora Yilmaz nous le prouve, le PCF en est arrivé à clore un chapitre de décennies de soutien à la Palestine libre ; aujourd’hui, il soutient l’entité coloniale sioniste.
En conclusion
Concernant le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, qui affronte directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation.
L’État colonial sioniste tombera, c’est le sens de l’histoire ; et la Palestine sera libre de la mer au Jourdain !
N° 987 23/07/2026 L’affaire Barbara Butch
Lors d’une prestation musicale, la DJ Barbara Butch, signataire d’une pétition promouvant la loi coloniale Yadan, a dû faire face à des défenseurs de la Palestine, venus exprimer leur ras-le-bol du manque de sanction contre les complices du génocide de Gaza ; ce génocide n’a pas empêché la même Barbara Butch d’aller « mixer » à l’ambassade de France dans l’État colonial sioniste. Les manifestants, lesquels constituaient par ailleurs l’essentiel du public, ont brandi des drapeaux palestiniens et crié « Free Palestine ! ». Au bout d’un moment, la mairie organisant le festival où elle se produisait et la police ont décidé d’arrêter le « concert ».
Cela a déchaîné les critiques et les soutiens à cette artiste inconnue de beaucoup d’autres artistes, n’ayant pas eu un mot pour dénoncer les massacres à Gaza, ni la colonisation de la Palestine, et de tout un panel de politiciens allant de Fabien Roussel à Jean-Philippe Tanguy, en passant par Clémentine Autain, François Hollande, le ministre Nuñez et Xavier Bertrand, sans oublier tout ce que le sionisme compte d’adeptes un peu connus en France.
Evidemment, nous avons droit à tous les poncifs habituels, sur l’antisémitisme, le fait que la DJ serait visée en tant que juive, pour ce qu’elle est et non pour ses actes qu’elle a du mal à assumer. Toutes ces bonnes âmes n’ont malheureusement jamais dénoncé la mise au placard de Blanche Gardin ni les interdictions de concert de Médine, encore moins la répression d’État contre les militants de la libération de la Palestine.
Les réactions de la « gauche coloniale »
Nous avons également droit aux récriminations des petits bourgeois « intersectionnels » mettant en avant comme quoi Barbara Butch est une femme, lesbienne. Cela motive le soutien apporté par Sandrine Rousseau, sans un mot sur ses positions colonialistes. Ce n’est pas très étonnant, ni Rousseau, ni son organisation EELV n’étant des soutiens de la cause palestinienne, de la libération nationale de la Palestine, mais ayant, comme on a pu le voir au moment de la loi sur les forages en Guyane, une position coloniale « de bons sentiments », expliquant aux colonisés ce qu’ils doivent faire au nom des Lumières de Voltaire.
Voyons un bref résumé de quelques autres soutiens affirmés à « gauche ». Fabien Roussel a un ton plus mesuré par rapport à la plupart des autres, mais il écrit néanmoins sur X : « Nous combattons la loi Yadan. Mais empêcher Barbara Butch de se produire à Grenoble parce qu'elle a signé une tribune est une erreur. La gauche doit défendre la liberté de création, d'expression et mener la bataille des idées. ». Ce que Roussel appelle la « liberté d’expression », c’est la liberté de soutenir l’État colonial sioniste. C’est finalement assez révélateur de la position pro-colonialiste du PCF sur la Palestine.
Dans un long texte en forme de plaidoyer pro domo dans l’ambiance politicienne actuelle précédant les élections présidentielles, Clémentine Autain dit ceci : « Le groupe LFI de Grenoble avait au préalable demandé la déprogrammation de Barbara Butch parce qu'elle a signé la pétition pour la loi Yadan, que je combats et combattrai de toutes mes forces, notamment parce qu’elle vise à faire taire la critique de la politique israélienne génocidaire de Benjamin Netanyahou. Qu'elle soit par ailleurs une femme engagée dans le combat LGBTQI+ et contre la grossophobie, cible régulière d’attaques violentes, sexistes et antisémites, n'a rien changé à l'exigence insoumise. La municipalité de Grenoble n’a pas cédé à l’injonction des insoumis. Et elle a bien eu raison. ». Comme pour Rousseau, Autain utilise l’argument corde sensible au sujet d'un certain électorat de gauche petit-bourgeois, la mise en avant de ce que l’idéologie dominante nomme les « minorités ». Mais surtout, elle avance ceci: la loi Yadan vise à « faire taire la critique de la politique génocidaire de Netanyahu ». C’est d’abord une position commune à l’ensemble de la « gauche», épargnant les sionistes de gauche et rejetant la seule responsabilité sur Netanyahu et son gouvernement, néanmoins plus de 80 % des sionistes de Palestine approuvent le génocide. C’est exempter le sionisme, ignorer jusqu’au bout son caractère colonialiste depuis ses débuts, bref ignorer la question coloniale. Mais c’est aussi un mensonge, car le projet de loi retiré de Yadan ne proscrivait pas la critique de Netanyahu, mais voulait réprimer les partisans de la libération nationale de la Palestine, ceux là mêmes trouvant l’entité sioniste illégitime et remettant en cause son existence. Là encore, nous sommes face à une position pro-coloniale. C’est d’ailleurs totalement confirmé par la fin du message de Clémentine Autain : « Enfin, n’a-t-on pas plutôt des représentants politiques qui défendent la loi Yadan à interpeller fortement avant de s’en prendre à Barbara Butch ? Quel message envoie-t-on de fermeture "soit tu es totalement d’accord avec moi, soit tu es un adversaire à abattre", au moment où le néofascisme frappe à nos portes et où le besoin d'attirer à soi, de rassembler est immense face à ce danger extrême ? ». Outre l’habituelle référence à la soi-disant « menace fasciste », Il ne s’agit pas pour les défenseurs de la Palestine et Autin ne le voit pas, de n’accepter que des artistes « complètement d’accord », mais de dénoncer les génocidaires et leurs complices et de ne jamais leur laisser de répit. Son message peut se résumer à : « Quand le RN menace, oublions la question coloniale ! ».
Mais le texte le plus représentatif d’une certaine gauche est celui d’Esther Benbassa, ancienne sénatrice écologiste, se pensant peut-être défenseuse de la Palestine, mais, se ressent surtout juive (ceci est parfaitement son droit) et tient à nous le faire savoir en mêlant (sans accusation directe d’antisémitisme) sa judéité et l’entité sioniste, passant à côté de la vraie question : la colonisation. Voici un extrait central de ce texte qu’elle cosigne : « Nous, Juifs, soutiens de la cause palestinienne, sommes simplement des Juifs qui, compte tenu de leur histoire, et de l'idée qu'ils se font de leur devoir (de Juifs, mais pas seulement), exigent la justice pour les Palestiniens et la paix dans la coexistence pour les deux peuples. Nous ne sommes ni des saints, ni des justes, ni des purs. Il y a bien sûr des personnes et des institutions avec lesquels nous refuserons de coopérer tant qu'elles afficheront leur soutien à la politique d'Israël et s'obstineront de fonder ce soutien sur une négation de la Nakba, de la réalité des massacres commis à Gaza, de la nature des exactions perpétrées en Cisjordanie. Mais nous n'avons qu'un but : convaincre un maximum de gens, y compris... Barbara Butch. Sans renoncer à rien de ce qui nous fait juifs, qui n'est certes pas une israélophilie béate, mais pas davantage un diasporisme abstrait. ». Encore une fois, nous sommes face à quelqu’un choisant de ne pas comprendre la question coloniale ni de s’interroger sur les moyens d’y mettre fin. Après deux ans de génocide accéléré, parler encore de coexistence pour les deux peuples est à la fois la négation du réel et une illusion qui devrait être dépassée depuis longtemps. Car la référence à la Nakba cache mal, avec cette formule la mise sur le même plan des colonisés et des colonisateurs et la volonté presque dite, puisque l’israélophilie n’est pas béate mais existe, puisque le diasporisme est rejeté, du maintien de l’État colonial sioniste. Là encore, la même position pro-coloniale. Il ne s’agit pas de « convaincre » Barbara Butch, mais de la mettre à l’index, comme tous les soutiens de l’entité coloniale sioniste et de son œuvre génocidaire.
La position de notre parti
Au Parti Révolutionnaire Communistes, nous ne sommes pas naïfs. Cette polémique se place, nous le savons bien, dans un contexte électoral où la Bourgeoisie a choisi LFI afin de remplir le rôle d’épouvantail, autrefois dévolu au RN. Les militants LFI, nous ne l'ignorons pas feront tout pour apparaître comme des grands défenseurs de la cause palestinienne après ces critiques malveillantes et même grâce à elles.
Mais nous pensons, comme manifestement les militants présents à Grenoble, qu’il est temps de rendre coup pour coup, de ne plus rien laisser passer, de ne pas laisser tranquilles les partisans du génocide et de l’entité coloniale sioniste. C’est pourquoi, pensons-nous, la pression mise par les manifestants de Grenoble était une action juste. Partout où des actions auront lieu pour dénoncer ceux soutenant le génocide, d’une manière ou d’une autre, les défenseurs de l’État colonial sioniste, partout où ils seront empêchés de continuer tranquillement leurs activités, nous serons solidaires des dénonciations et des empêchements.
En conclusion
Dans ce temps où nous devons plus que jamais parler de la Palestine, les réactions prouvent une nouvelle fois, s’il le fallait que la grande majorité de la « gauche » en France ne défend pas la libération nationale de la Palestine, n’est pas au clair sur la question coloniale, car trop marquée par le colonialisme « des bons sentiments ». Au lieu de parler de la Palestine, cette gauche défend une artiste soutenant l’entité sioniste.
Au contraire, pour les partisans de la libération nationale de la Palestine, rien n’est plus urgent que de parler sans cesse de la situation à Gaza et dans toute la Palestine, et d’en rappeler tous les enjeux. Il faut, bien sûr, dénoncer les bombardements toujours et encore incessants, la destruction systématique des habitations à Gaza, un modèle qui ressert au Sud du Liban, dénoncer la torture dans les prisons, dénoncer le commerce avec les colonies sionistes en Cisjordanie occupée, les Bédouins chassés de chez eux dans le Néguev occupé et l’occupation et la colonisation de la Palestine, en général.
Soyons les porte-voix de celles et ceux que l’on veut effacer. Et, donc, dénonçons, certes, mais ne nous contentons pas de dénoncer. Cela signifie ne pas s’en tenir à la vision des Palestiniens comme des victimes, mais malgré tout, tel un peuple construisant sa propre libération nationale. Et ne pas non plus en rester aux explications de notre « gauche» bien-pensante sur la soi-disant « paix juste et durable » celle-ci n’est rien d’autre que la paix coloniale et ne remettant jamais en doute l’existence de l’État colonial sioniste autant dire la poursuite de la colonisation. Dans leur grande majorité, les gens de « gauche » refusent d’analyser correctement la situation coloniale en Palestine. Et la raison en est simple, ils sont indélébilement marqués par l’héritage idéologique de la colonisation, de l’impérialisme français, des « Lumières » de Voltaire. Leur position consiste à dénigrer le Hamas ou la Résistance armée, expliquant aux Palestiniens qui doit organiser la résistance et comment. Les mêmes, toujours, parlent de paix et non de libération nationale de la Palestine. Ceux sont les mêmes parlant de « solution à deux États » permettant de facto le maintien de la colonisation. Les mêmes parlant de « complicité » des impérialistes occidentaux et non de leur implication directe dans la colonisation. Les mêmes qui tentent objectivement d’épargner l’impérialisme français en le disant sous pression des lobbies comme le CRIF. Dans ce cadre, la dénonciation de toutes les personnes publiques favorables au génocide est une nécessité, afin que chacune d’elles et chacun d’eux ne puisse continuer à afficher des positions favorables à l’État colonial sioniste.
Nous le disons à nouveau ; les Résistants palestiniens combattent le même ennemi nous opprimant : l’impérialisme occidental. Leur victoire serait un signal fort en faveur de notre propre émancipation. Un peuple luttant pour sa libération nationale, contre une créature des impérialistes occidentaux, lutte aussi contre la colonisation et ses présupposés idéologiques qui gangrènent aujourd’hui l’ensemble de la « gauche » française.
Concernant le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, qui affronte directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation.
L’État colonial sioniste tombera, c’est le sens de l’histoire ; et la Palestine sera libre de la mer au Jourdain !
N° 986 16/07/2026 A l’occasion d’un article, publié en ligne le 6 juillet dernier, intitulé « Derrière Rima Hassan, une nouvelle génération militante et des polémiques douloureuses », une journaliste de Mediapart s’essaie à caractériser ce qu’elle considère comme une nouvelle génération de militants de la solidarité avec la Palestine et ses divergences avec ce qu’elle appelle les « soutiens traditionnels de la Palestine ». La question, même abordée par le biais d’un article fortement critiquable et rempli de lacunes, est importante. Nous avons, à plusieurs reprises, fait la clarté sur les différents courants de la solidarité proclamée avec la Palestine, et notamment mis en exergue que les militants visés par la répression d’État sont tous des militants de la solidarité avec la libération nationale de la Palestine, ils prônent le démantèlement de l’État colonial sioniste. Nous essaierons de décrypter l’article et de caractériser les militants de la défense de la Palestine libre, tous ne sont pas tous issus d’une « nouvelle génération », même s’il est indéniable que la jeunesse y prend une part importante.
Quelques éléments à propos du cadre général de l’article
Censé présenter Rima Hassan comme la porte-parole de cette nouvelle génération, l’article reprend beaucoup de termes de l’idéologie dominante, par exemple « les attaques sanglantes du 7 octobre 2023 perpétrées par le Hamas » figure deux fois dans l’article, alors même que l’analyse et la discussion sur la nature de l’attaque de la Résistance lors de l’opération « Déluge d’Al-Aqsa » sont absentes du texte. La négation de la pluralité de la Résistance armée et la diabolisation de l’acte de Résistance du 7 octobre 2023, font partie de la panoplie du bon « journaliste de gauche », voulant afficher une neutralité bidon et ici, une démarche d’enquête. De même, l’article, pour bien « équilibrer » les choses, fait appel à l’inévitable sioniste de « gauche », ici, Albert Herszkowicz, du Collectif de lutte antifasciste contre le racisme et l’antisémitisme (Clara), opposé par la journaliste à Alain Gresh et dont elle publie cette déclaration, justifiant sa « désertion des manifestations », également rituelle dans l’expression de « gauche » de la question, avec l’obligatoire référence à un prétendu antisémitisme : « la non-préoccupation de bien se différencier de tout ce qui touche, de près ou de loin, à l’antisémitisme, la non-prise en compte de la question des otages et la non-prise en considération de la solution à deux États qui est pourtant, en principe, la plateforme commune de toute la gauche française ».
L’article, rédigé la veille du dernier procès de Rima Hassan, s’escrime, tant au sujet de la députée européenne que de cette nouvelle génération militante, de mélanger le pour et le contre. Ainsi, concernant Rima Hassan, elle parle « d’un véritable harcèlement judiciaire subi par l’eurodéputée insoumise », ce qu’il est difficile de nier ; mais ne manque pas d’ajouter plus loin : « Elle est accusée par certaines organisations de lutte contre l’antisémitisme d’avoir repris des tropes antisémites. ». Quant à la génération des nouveaux militants de la Palestine, elle « suscite autant d’admiration que de critiques virulentes. ».
La fameuse nouvelle génération, se contente de nous dire la journaliste, est « moins encartée dans les partis traditionnels, mais aussi plus radicale et plus bruyante », mais se garde bien de réaliser une enquête sur les organisations auxquelles appartiennent ces gens, qu’elles soient politiques ou associatives et surtout sur leur lien avec l’anticolonialisme, question jamais abordée, mot jamais cité : nous avons droit, une fois, au fameux « décolonial », mais il sert juste à qualifier TSEDEK. De cette étude parcellaire et lacunaire, il ressort le rôle que LFI proclame en son propre nom, de porte-parole, sans, en aucune manière analyser les positions de LFI, les mêmes que celles du reste de la gauche, en évitant soigneusement de voir en quoi Rima Hassan doit être distinguée, par ses positions, de la France Insoumise officielle, même si elle leur sert de poisson pilote. Ainsi, nous pouvons lire ceci : « La France insoumise (LFI), principal parti monté au créneau et visé depuis par une salve de mises en cause pour apologie du terrorisme. ». Que LFI soit le premier des partis officiels de gauche à avoir dénoncé le génocide est une réalité indéniable, nous l’avons écrit. Mais tout aussi indéniable depuis que le PCF et EELV ont également adopté cette prise de position, plus rien ne distingue, du point de vue des positions sur le devenir de la Palestine, les trois organisations. La différence réside dans la présence bien plus active et plus nombreuse des militants de LFI dans les initiatives.
Un vrai constat sur le rôle de la gauche, mais une explication générationnelle ne tenant pas la route.
L’article évoque, à travers les positions du PCF, une véritable évolution du mouvement de solidarité avec la Palestine. Le constat juste est exprimé ainsi : « Ce nouveau mouvement social a poussé entre manifestations régulièrement interdites, blocages d’universités violemment dispersés par la police et autres meetings de soutien à la Palestine dans le viseur d’un maccarthysme à la française. Et elle a radicalement transformé en France un mouvement alors principalement porté par des militants d’âge mûr, souvent venus à la cause palestinienne par le Parti communiste ou l’anti-impérialisme des années 1970. » ; ou encore : « la direction du Parti communiste français (PCF) qui a brusquement mis en sourdine son discours sur la Palestine, au grand dam de ses adhérents depuis le 7-Octobre. ». Enfin, la journaliste sollicite Taoufik Tahani, ancien président de l’AFPS (Association France Palestine Solidarité), qualifié par la journaliste de « canal historique de la mobilisation pour la Palestine en France ». Et les propos de Taoufik Tahani sont limpides : « Au début, on a manifesté sans le soutien de la gauche, à l’exception de LFI. Les militants manifestaient mais leurs appareils partisans, eux, répétaient “est-ce que vous condamnez le Hamas ?” ».
En revanche, l’explication mise dans la bouche de Rima Hassan de ce clivage, ne nous satisfait pas : « Bien sûr qu’il y a une rupture générationnelle, parce qu’il y a une gauche boomer qui a trente ans de retard et s’accroche à “la paix”, “la solution à deux États”. Ils n’ont plus aucune révolte. Je fais leur procès avec insolence, certes, mais à juste titre. ».
L’idée de la « rupture générationnelle » est donc à la fois celle de l’article et celle de Rima Hassan. Nous la réfutons. La différence de ligne entre la gauche et le mouvement de solidarité, sur la question palestinienne n’est d’abord pas si récente. Le PCF, d’abord, a infléchi sa ligne dès les accords d’Oslo, mais nous avons également dit combien ses positions sur la question coloniale en général, notamment depuis 1945 étaient erronées et marquées d’une forte incompréhension de la question coloniale subsistant aujourd’hui également dans certaines autres organisations issues de la nébuleuse du PCF qui leur fait approuver la solution à deux États, ou l’application des résolutions de l’ONU, cela revient au même et, objectivement refuser la libération de la Palestine et la perception de son rôle central. Ce n’est pas une question de « boomers », mais de ligne idéologique et d’empreinte du colonialisme.
Le 7 octobre a eu un effet révélateur, mais pas déclencheur. Ces divergences existaient déjà mais la remise au premier plan de la question palestinienne provoquée par l’attaque de la Résistance palestinienne les a sorties de la grotte où elles hibernaient. Si l’article a raison de parler d’Omar Alsoumi et de la création de l’association « Urgence Palestine », consécutive au 7 octobre, son étude superficielle ne lui permet d’appréhender ce qu’est réellement le mouvement de solidarité avec la Résistance palestinienne en France. Elle passe notamment à côté de ce qui a véritablement mis sur le devant de la scène les pseudo défenseurs de la Palestine, ne voyant les Palestiniens uniquement comme des victimes, des véritables défenseurs de la libération nationale, voyant les Palestiniens comme un peuple construisant sa propre libération nationale. Et LFI, fait partie des premiers, comme toute la « gauche ». Ce révélateur fut la fin victorieuse de la bataille en faveur de la libération de Georges Abdallah, dans laquelle LFI, y compris Rima Hassan, eut une part marginale. Au contraire, cette victoire doit beaucoup aux militants marxistes-léninistes divers, rassemblés dans la Campagne Unitaire Pour la Libération de Georges Ibrahim Abdallah (CUPLGIA), dont ceux du Parti Révolutionnaire Communistes. C’est à l’aune de cette victoire, la seule en France depuis le 7 octobre 2023 sur le sujet de la Palestine, que l’on doit analyser la composition du mouvement de solidarité avec la libération nationale de la Palestine.
Au contraire, l’article se perd en fausses interprétations. Dans son passage sur Albert Herszkowicz, évoqué plus haut, elle rapporte ses propos sur le mouvement de défense de la Palestine entraîné « dans une posture radicale symbolisée par le slogan “de la mer au fleuve, la Palestine sera libre” qui inclut, selon lui, la suppression de l’État d’Israël » ; c’est la vérité, mais ajoute : « ce que contestent les propalestiniens qui le scandent à travers le monde. ». Or c’est faux et c’est vouloir se cacher les yeux sur la situation coloniale et le rôle du sionisme depuis le début. Les véritables défenseurs de la Palestine réclament le démantèlement de l’État colonial sioniste, condition indispensable à la libération nationale de la Palestine, à la fin définitive de la colonisation. C’est la raison pour laquelle ils sont poursuivis par la répression d’État. Il y avait pourtant matière à fouiller le sujet, car la journaliste rapporte les propos d’Anne Tuaillon, présidente de l’AFPS, pourtant rangée dans la « vieille génération », à propos de la « gauche » de la « paix juste et durable » : « il y a une difficulté à reconnaître que, dès l’origine, Israël avait des visées colonialistes, qu’Israël a pratiqué un colonialisme de peuplement-remplacement et s’est construit sur une injustice. La question est là, pour ceux-là, il ne faut rien dire qui puisse laisser entendre qu’Israël ne serait pas légitime ».
Un essai de caractérisation plus conforme à la vérité du mouvement de solidarité avec la Palestine libre
L’article se noie dans les erreurs, la superficialité et la pseudo-neutralité ; ainsi, se voulant critique envers Rima Hassan, la journaliste affirme ; « Certaines positions de Rima Hassan sur d’autres questions que la Palestine ont aussi soulevé des critiques, comme son refus de voter la résolution sur les prisonniers en Algérie (dont l’écrivain Boualem Sansal) ou son relatif silence sur le régime syrien et notamment les Palestiniens victimes du régime Assad et des Russes... ». Les critiques vont donc toutes dans le même sens, il s’agit de passer en revue ce qui, dans le discours de Rima Hassan, ne colle pas à l’idéologie dominante. Pourtant, s’agissant de la question palestinienne et d’un point de vue voulant démontrer la « radicalité » de la députée européenne et son image de « leader moral » du mouvement de solidarité avec la Palestine, d’autres critiques eussent été bien plus pertinentes, mais elles auraient sabordé la « démonstration » de la journaliste. Il aurait été plus juste de pointer sa faible compréhension du stade impérialiste et du rôle des États impérialistes occidentaux pas seulement comme complices, mais acteurs de la colonisation en Palestine. De même sa position plus qu’ambiguë sur le Sahara Occidental, situation en tout point identique à celle de la Palestine, où les impérialistes occidentaux colonisent via un intermédiaire à leur service, ici le Maroc, là l’entité coloniale sioniste, aurait mérité d’être évoquée ; ceci aurait suffit à prouver que Rima Hassan n’est peut-être pas aussi anticolonialiste que d’aucuns le croient.
Par ailleurs, la seule organisation politique hormis LFI citée est Révolution Permanente (RP), au prétexte que son dirigeant, Anasse Kazib est, lui aussi jugé pour pseudo « apologie du terrorisme ». Or, Révolution Permanente, comme d’autres organisations du mouvement trotskiste qui lui sont proche (NPA, LO) ne perçoit pas la question coloniale à cause de son lien avec la question nationale. Internationalistes « anti-nations », ces mouvements ne font pas de différence entre un nationaliste français et un nationaliste palestinien, entre la Bourgeoisie impérialiste et la bourgeoisie des pays opprimés, souvent divisée entre bourgeoisie compradore et bourgeoisie nationale. Cela se traduit pour RP par la mise sur le même plan, au moment de l’agression US, de l’impérialisme dominant US agresseur et du gouvernement, certes bourgeois, du Venezuela agressé. Pour le NPA-Révolutionnaire (NPA-R), il n’y avait rien de plus urgent que de chasser des manifestations contre l’agression impérialiste de l'Iran, des Iraniens favorables au régime en place. Enfin, LO enjoint les Résistants Palestiniens à « sortir du nationalisme », quand elle n’évoque pas la fraternisation entre prolétariat palestinien et soi-disant « prolétariat israélien ».
Si la journaliste note fort justement, une entrée de la jeunesse, notamment étudiante dans la bataille, pointant la répression des directions d’université contre les partisans de la solidarité avec la Palestine, elle choisit de ne pas interroger les engagements politiques de ces jeunes qui, s’ils ne sont pas dans les partis traditionnels, sont parfois à RP ou au Parti Ouvrier Indépendant (POI trotskiste lambertiste, propalestinien de tradition et jouant un rôle dans LFI) mais aussi dans des organisations marxistes-léninistes, en premier la Jeunesse Communiste récemment reconstituée dont les futurs militants ont été fer de lance de la campagne de libération de Georges Abdallah et dans une organisation syndicale étudiante la Fédération Syndicale Étudiante (FSE). Il aurait également été utile d’enquêter sur les nombreux réprimés d’État, comme Alex, de la JC, réprimé pour son soutien à la Résistance armée ou l’universitaire honoraire François Burgat. Cela aurait permis de sortir du cliché parcourant l’article : Ils sont tous jeunes ; ils sont tous derrière Rima Hassan ; et le clivage est générationnel. Et peut-être de voir pourquoi les militants de la solidarité avec la Palestine libre pensent que le combat des Palestinien est essentiel pour leur propre émancipation.
En Conclusion
Pour les partisans de la libération nationale de la Palestine, rien n’est plus urgent que de parler sans cesse de la situation à Gaza et dans toute la Palestine, et d’en rappeler tous les enjeux. Il faut, bien sûr, dénoncer les bombardements n’ayant jamais cessé, la destruction systématique des habitations à Gaza, un modèle qui ressert au Sud du Liban, dénoncer la torture dans les prisons, dénoncer le commerce avec les colonies sionistes en Cisjordanie occupée, les Bédouins chassés de chez eux dans le Néguev occupé et l’occupation et la colonisation de la Palestine, en général.
Soyons les porte-voix de celles et ceux que l’on veut effacer. Et, donc, dénonçons, certes, mais ne nous contentons pas de dénoncer. Cela signifie ne pas s’en tenir à la vision des Palestiniens comme des victimes, mais malgré tout, comme un peuple construisant sa propre libération nationale. Et ne pas non plus en rester aux explications de notre « gauche » bien-pensante sur la soi-disant « paix juste et durable » celle-ci n’est rien d’autre que la paix coloniale et ne remettant jamais en doute l’existence de l’État colonial sioniste autant dire la poursuite de la colonisation. Dans leur grande majorité, les gens de « gauche » refusent d’analyser correctement la situation coloniale en Palestine. Et la raison en est simple, ils sont indélébilement marqués par l’héritage idéologique de la colonisation, de l’impérialisme français, des « Lumières » de Voltaire. Leur position consiste à dénigrer le Hamas ou la Résistance armée, expliquant aux Palestiniens qui doit organiser la résistance et comment. Ce sont toujours les mêmes qui parlent de paix et non de libération nationale de la Palestine. Les mêmes parlent de « solution à deux États » permettant de facto le maintien de la colonisation. Ceux sont là encore les mêmes parlant de « complicité » des impérialistes occidentaux et non de leur implication directe dans la colonisation. Ce sont enfin les mêmes qui tentent objectivement d’épargner l’impérialisme français en le disant sous pression des lobbies comme le CRIF.
Nous le redisons; les Résistants palestiniens combattent le même ennemi qui nous opprime : l’impérialisme occidental. Leur victoire serait un signal fort en faveur de notre propre émancipation. Un peuple luttant pour sa libération nationale, contre une créature des impérialistes occidentaux, lutte aussi contre la colonisation et ses présupposés idéologiques qui gangrènent aujourd’hui l’ensemble de la « gauche » française.
Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, le combat de la Résistance palestinienne, qui affronte directement la pointe avancée de l’impérialisme occidental est vital pour les prolétaires de l’ensemble de la planète ; les Palestiniens sont un peuple acteur de sa propre histoire, en lutte contre le sionisme, l'impérialisme et la réaction, pour sa libération nationale, un long combat dont nous devons reconnaître la centralité et le caractère stratégique pour notre propre émancipation.
L’État colonial sioniste tombera, c’est le sens de l’histoire ; et la Palestine sera libre de la mer au Jourdain !