N° 959 06/01/2025 Les événements se déroulant au Venezuela sont graves. Il s'agit, comme nous l’avons qualifié dans notre déclaration du 3 janvier1 d'une agression contre l'État souverain du Venezuela. Nous renouvelons fermement notre condamnation de l'agression criminelle des États-Unis et notre soutien au peuple vénézuélien et à son Parti Communiste2, nous appelons les travailleurs à la solidarité internationaliste en participant aux manifestations contre l'agression.
Il convient d'analyser les causes profondes de cette agression impérialiste, dans le contexte de l'exacerbation des affrontements au sein du système impérialiste3, de son sens du point de vue des intérêts des États-Unis et de leurs monopoles du secteur énergétique, tout particulièrement pétrolier, pour le contrôle des ressources naturelles, et en premier lieu celles considérées comme stratégiques. Les sources d'énergie, leur exploitation, des voies de communications et de la force de travail en sont un élément majeur4,
Les États-Unis puissance dominante de l'impérialisme, possédant une force militaire majeure à l'échelle mondiale, voient leurs positions contestées par le développement du capitalisme en Asie et particulièrement en Chine, devenue une puissance économique, commerciale et militaire de tout premier ordre5. C'est à partir de cette situation que le centre des affrontements au sein de l'impérialisme se déplacent vers l'Asie6. Obama a opéré ce virage géostratégique majeur vers l’Asie7. Depuis 2016, 74.000 hommes sont stationnés en Asie.
La guerre impérialiste sur le territoire de l'Ukraine8 a conduit au renforcement de la coopération économique et militaire entre la Russie et la Chine, esquissant la formation d'un axe euro-asiatique concurrent direct des États-Unis, tandis que le groupe des BRICS+ composé de pays capitalistes n'a pas vis-à-vis des puissances capitalistes occidentales une orientation homogène9. Certaines, et non des moindres comme l'Inde, pratiquent l'équilibrisme entre la puissance impérialiste dominante que sont les États-Unis en ayant en même temps, un regard tourné vers le Sud, tandis que ses échanges militaires avec Israël sont très actifs et le sont restés malgré le génocide du peuple palestinien par Israël . C'est dans ce contexte géopolitique qu'il faut situer la stratégie des États-Unis, stratégie récemment développée dans un document que nous avons analysé dans un article intitulé : Stratégie de sécurité nationale américaine ou comment préparer les États-Unis aux affrontements pour le repartage impérialiste du monde10. La conclusion de notre article soulignait l'intensité des phénomènes en cours : "Ce que raconte ce document, c'est la réalité et la perception que l'équilibre des forces né de la seconde guerre mondiale est en train de changer. La suprématie États-unienne déjà affirmée à l'issue de la première guerre mondiale, en est sortie comme la première puissance capitaliste tandis que le camp socialiste s'élargissait. Tout cela est en train de se modifier entraînant des secousses sismiques d'une intensité inconnue jusqu'alors".
En ce qui concerne le continent américain, le document est parfaitement explicite. Il s'agit, renouvelant la doctrine Monroe11, de domination exclusive sur le continent, d'y affaiblir la présence chinoise12 se manifestant par des prises importantes d'intérêts en termes d'investissements, d'échanges et de contrôle de hub13 stratégiques pour le commerce. C'est ainsi que, récemment sous la pression des États-Unis, Panama a mis fin à sa participation au projet d'infrastructures des nouvelles routes de la soie, axe central de la stratégie chinoise afin d'accroître son influence à l'étranger et sécuriser ses approvisionnements14. Ce que souligne le South China Morning Post qui écrit à propos de la perception de la situation au Venezuela par les investisseurs chinois : " regain d'incertitudes" ; tandis que le directeur Wang Yiwei, de l’Institut des affaires internationales de l’Université populaire (Renmin Daxue), à Pékin affirme : " Il ne fait guère de doute que la doctrine Monroe version Trump [ici à l’œuvre] vise directement à contrer l’influence croissante de la Chine dans la région".
L'opération au Venezuela, est un élément de la stratégie des États-Unis, à la fois pour mieux contrôler politiquement l'orientation de ce pays en ouvrant encore plus son économie, dans le domaine pétrolier et gazier, au bénéfice des majors américains. Dans un tweet, le Vice-président Vance est on ne peut plus clair à ce sujet : "Je constate de nombreuses critiques concernant le pétrole. Il y a une vingtaine d'années, le Venezuela a exproprié des propriétés pétrolières américaines et, jusqu'à récemment, a utilisé ces biens volés pour s'enrichir et financer ses activités narcoterroristes. Je comprends les inquiétudes liées au recours à la force militaire, mais devons-nous rester les bras croisés et laisser un pays communiste piller nos ressources dans notre hémisphère ? Les grandes puissances n'agissent pas ainsi." Notons que les majors américains ne sont pas tous absents du Venezuela et Chevron y opère déjà15. Il s'agit également d'affaiblir la Chine y compris en compliquant ses propres approvisionnements en pétrole dont une partie, non négligeable, provient du Venezuela.
Afin d'avancer dans la voie d'un contrôle plus serré de la politique du Venezuela, les États-Unis avaient un besoin urgent de modifier les rapports de force interne dans le pays en y recherchant des interlocuteurs plus enclins à l'écoute des exigences états-uniennes et/ou d'avantage capables de les imposer au peuple vénézuélien. L'élimination de Maduro par des méthodes de banditisme international a rempli cette fonction. Peu importe, concernant les dirigeants US, qui dirige le Venezuela, pourvu que leur exigence de mainmise sur le pétrole par leurs multinationales soient satisfaites. Une invasion terrestre serait bien plus hasardeuse que ce kidnapping et la pression mise sur les dirigeants actuels du Venezuela. Si l'histoire de l'agression contre le Venezuela et la succession de Maduro restent à écrire, l'essentiel demeure : la lutte contre le capitalisme et l'impérialisme, sa forme organique mondiale, doivent être les axes fondamentaux du combat politique. Elle passe par le soutien sans faille au peuple vénézuélien et aux forces révolutionnaires de ce pays et tout particulièrement au Parti Communiste du Venezuela.
1 https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/amerique-du-sud/3749-communique-du-parti-revolutionnaire-communistes-imperialistes-yankees-pas-touche-au-venezuela
2 https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/amerique-du-sud/3747-le-parti-revolutionnaire-communistes-exprime-sa-solidarite-active-avec-le-peuple-venezuelien-et-appelle-a-se-mobiliser-contre-lagression-imperialiste-us
3 https://www.sitecommunistes.org/index.php/publications/documents/2556-texte-preparatoire-aux-initiatives-sur-la-question-de-limperialisme
4 https://www.sitecommunistes.org/index.php/publications/documents/754-document-la-politique-energetique-un-vaste-champ-d-intervention-dans-la-lutte-des-classes
6 https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/monde/1460-le-centre-des-affrontements-au-sein-de-l-imperialisme-se-deplace-vers-la-zone-asie-pacifique
8 https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/monde/2248-ukraine-declaration-commune-des-partis-communistes-et-ouvriers-apres-un-an-de-guerre-imperialiste-en-ukraine
9 https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/monde/3458-les-enseignements-du-sommet-des-brics-plus-que-jamais-designer-ladversaire-le-capitalisme
10 https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/amerique-du-nord/3718-strategie-de-securite-nationale-americaine-ou-comment-preparer-les-etats-unis-aux-affrontements-pour-le-repartage-imperialiste-du-monde
12 " Des concurrents de l’autre hémisphère ont fait des percées importantes dans le nôtre, à la fois pour nous désavantager économiquement dans le présent et d’une manière qui pourrait nous nuire stratégiquement à l’avenir. Permettre ces incursions sans riposte sérieuse est une autre grande erreur stratégique américaine de ces dernières décennies." Cependant la tâche s'annonce ardue : " Certaines influences étrangères seront difficiles à inverser, compte tenu des alignements politiques entre certains gouvernements latino-américains et certains acteurs étrangers. "
13 Dans le domaine de la logistique, « hub » est un emprunt de l'anglais qui signifie « moyeu ». En logistique, le terme désigne communément une « plaque tournante », un « centre de distribution » ou un « point nodal »
14 https://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20250207-nouvelles-routes-de-la-soie-panama-confirme-retrait-du-projet-chinois-la-chine-le-d%C3%A9plore
15 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/01/03/le-petrolier-americain-chevron-continue-a-operer-au-venezuela-malgre-le-blocus-naval-impose-par-les-etats-unis_6660418_3234.html ; https://fr.investing.com/news/commodities-news/un-petrolier-affrete-par-chevron-quitte-le-venezuela-avec-300000-barils-93CH-3206135; https://www.nytimes.com/2026/01/05/business/energy-environment/venezuela-chevron-trump-oil.html




