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N° 916 12/03/2025  Avec de plus en plus d'insistance, l'idée qu'il faut réarmer et préparer une guerre de haute intensité est au centre de la politique de l'État français comme d'ailleurs de la plupart des États européens. L'ennemi commun est désigné et diabolisé : il s'agit de la Fédération de Russie.
Deux tendances se dessinent dans ce sens :
  • Une augmentation, déjà acquise, des budgets militaires sous la pression des États-Unis. Pour la France, le budget de la défense atteint 2% du PIB. Il est sanctuarisé dans le budget 20251 au détriment des budgets sociaux. L'objectif affiché est de le porter à au moins 3% et près de 100 milliards d'euros contre 61,8 milliards en 2025. Ces 61,8 milliards jugés insuffisants représentent déjà une augmentation de 56% depuis 2017. Rappelons que la loi de programmation militaire 2024-20302 a été votée en juin 2023 au Parlement à une large majorité3 prévoyant des augmentations importantes du budget militaire. Il est intéressant de rappeler qui a voté ou non cette loi. Les groupes Renaissance, Rassemblement National, Les Républicains, Modem, Horizon et LIOT ont voté très massivement le texte tandis que les groupes LFI et Gauche Démocratique et Républicaine ont voté contre. De leur côté, Le PS et EELV se sont abstenus !
  • La volonté de créer une défense européenne avec une première enveloppe budgétaire de 800 milliards d'euros comme l'a annoncé la présidente de la commission Ursula von der Leyen, tout en restant dans le cadre de l'OTAN, en y ajoutant la mise au service des États non-nucléaires européens de la force de frappe française4 comme élément de leur dissuasion.
Le 5 mars le Président de la République s'est adressé aux français pour développer les orientations du pouvoir en matière de défense. Sans surprise, elles sont dans la droite ligne des orientations que le pouvoir met en œuvre : augmentation massive des crédits, militarisation de l'économie et de la société, mise au pas de la contestation sociale par la persuasion voire par la contrainte. Depuis, la machine à convaincre : media, personnel politique, économique et social du capital s’est mise en route pour persuader les travailleurs des bienfaits d'une telle politique : relancer l'économie par l'armement mais aussi en signifiant que le temps de la contestation sociale était passé au nom de l'union sacrée. Ainsi, le ministre des Armées S. Lecornu a engagé une tournée pour persuader du bien-fondé de l'économie de guerre, tandis que le patron du Medef a évoqué de son côté les bienfaits supposés d'un recul de l'âge de la retraite à 70 ans comme au Danemark5 dans la perspective d'une économie de guerre !
Face à cette situation, il convient de répondre à trois questions cardinales :
  • Pourquoi une telle stratégie de réarmement ?
  • Quels effets sur la vie économique, sociale et politique ?
  • Quelle est l'orientation du Parti Révolutionnaire Communistes à ce sujet ?
Pourquoi une telle stratégie de réarmement
La stratégie de réarmement des États capitalistes, s'inscrit dans une tendance mondiale au sein du système impérialiste. Elle est la conséquence des affrontements de plus en plus violents auxquels se livrent les monopoles et les États capitalistes à leur service pour contrôler les sources de matières premières, les voies de communications matérielles et immatérielles, la force de travail et conquérir des marchés, sur fond de baisse tendancielle des taux de profits et de suraccumulation du capital qui ne trouve pas une mise en valeur suffisante aux yeux de ses détenteurs6. Ces réalités expliquent largement l'exacerbation des conflits qui se développent dans le monde, prenant des formes diverses, de la guerre commerciale7 comme on peut le voir avec l'utilisation des droits de douanes jusqu'à des guerres de haute intensité comme c'est le cas de la guerre impérialiste sur le territoire de l'Ukraine8 ou celle que mène au nom des puissances impérialistes occidentales l'entité sioniste pour s'assurer le contrôle d'une région stratégique.
Les conséquences de ces affrontements et guerres sont terribles, en premier lieu pour les peuples directement concernés. Elles le sont en perte de vies humaines et en destructions matérielles. Les combats génèrent des mouvements de populations les fuyant et la misère engendrée. Les États et leurs classes dirigeantes utilisent le prétexte de la guerre pour restreindre les droits sociaux et démocratiques des travailleurs et du peuple, la corruption bat son plein. Les développements des affrontements au sein de l'impérialisme dessinent un nouvel ordre mondial9. Les politiques de réarmement sont porteuses des mêmes logiques, celles de l'inéluctabilité de la guerre comme solution à la crise systémique du capitalisme mondialisé10.
 
Quels effets sur la vie économique, sociale et politique ?
Dans l'immédiat, ces politiques sont vendues comme des outils de relance économique par des financements massifs et des créations d'emplois, ignorant volontairement que ces investissements par nature improductifs ne peuvent être source de profits capitalistes uniquement si s'accroît l'exploitation du travail salarié, accompagnée d'une liquidation significative des conquêtes sociales et tout particulièrement de la protection sociale et des retraites. Sans compter les tendances inflationnistes que provoque une telle politique11. S'ajoute à ce sombre tableau économique, la tendance à une restriction des libertés publiques afin éviter toute contestation de cette politique par essence anti-sociale. Il s'agit de conforter le consensus politique autour d'une acceptation du système capitaliste au nom de l'Union Sacrée !
 
Quelle est notre orientation de Parti Révolutionnaire à ce sujet ?
Auparavant, il convient de mettre en lumière les causes de la situation : le développement même du système capitaliste dans sa forme impérialiste avancée. L'analyse ne peut pas en rester simplement à la description factuelle des choses et à une réaction justement indignée, il est nécessaire analyser les raisons profondes des processus conduisant à ces situations. Pour notre part, nous estimons que sans une analyse explorant la structure économique, les rapports de classe, et leur transposition dans des discours qui saturent les consciences, le mouvement sera largement désarmé face à des classes dirigeantes qui défendent des intérêts puissants : ceux de l'économie capitaliste et ceux des "élites culturelles" de classe qui y sont liés. Il s'agit donc d'organiser le combat de classe pour les revendications et les droits légitimes des travailleurs ouvrant la perspective d'un changement de société ce que nous résumons par : "abattre le capitalisme, construire le socialisme"12.
Dans ce combat, la dimension de la paix et du désarmement équilibré et contrôlé, en particulier nucléaire, est de première importance. Il est une des dimensions importantes de la lutte de classe. C'est pourquoi, nous agissons contre la formation des blocs militaires, nous en exigeons leur dissolution et le retrait de la France de l'OTAN.
La doctrine militaire de la France13, loin de se centrer sur la défense de son territoire, considérée acquise par la seule dissuasion nucléaire face à une agression, se développe, au contraire, sur sa capacité à des opérations extérieures visant à assurer son statut de puissance impérialiste seule, comme ce fut le cas en Afrique dans les dernières décennies pour conforter ou installer des pouvoirs dictatoriaux qui lui soient favorables, soit comme participante à des alliances, dans le cadre de l'OTAN, comme ce fut le cas en Irak14, en Yougoslavie, en Libye...et comme c'est le cas aujourd'hui en Ukraine.
Nous avons combattu et nous combattons ces orientations, Si la professionnalisation des armées est en partie due au caractère de plus en plus technique des armements, elle ne saurait constituer à elle seule une stratégie de défense nationale de plus en plus éloignée des citoyens et de leur contrôle, eux qui doivent jouer un rôle déterminant dans la sanctuarisation du territoire national. Dans ce sens, les industries d'armement15 aujourd'hui partiellement ou totalement privatisées, dont le chiffre d'affaires global s'élève à 30 milliards d'euros, doivent être placées sous le contrôle intégral de la nation par leur nationalisation totale et sans indemnisation des actionnaires privés.
La force de frappe nucléaire française dont l'autonomie représente un atout stratégique, doit rester pleinement et exclusivement sous le contrôle de la France. La mettre, ne serait-ce que partiellement comme un élément d'un parapluie européen représenterait un danger au sens où cela agrandirait la fenêtre de riposte d'un autre État nucléaire qui se considérerait agressé par une puissance sous la couverture nucléaire de la France. Rappelant notre position de fond sur le désarmement nucléaire mutuel et contrôlé, dans l'attente, nous ne pouvons accepter une mise en danger majeure du territoire national par des décisions politiques d'un autre État.
En conclusion provisoire de cette première approche des questions de défense nationale, nous voulons souligner qu'elles ne peuvent pas rester étrangères à la réflexion des révolutionnaires et tout particulièrement dans la situation présente.
 
4 Seules, la France et le Royaume-Uni sont des puissances nucléaires en Europe Occidentale avec une différence majeure entre elles, c'est que celle du Royaume-Uni est dépendante des États-Unis dans sa mise en oeuvre tandis que celle de la France est entièrement sous son propre contrôle.
10 Nils Andersson, Le capitalisme c'est la guerre Tome 2 : Les guerres annoncées, Ed. Les Terrasses, 2024
12 Abattre le capitalisme, construire le socialisme, Communistes, supplément au numéro 107 de Communistes
15 Les principaux groupes industriels de défense français sont, par ordre d'importance décroissante : EADS (avions, missiles, espace, hélicoptères, communications), Thales (électronique de défense), DCNS (constructions navales), Safran (moteurs, espace, électronique de défense), et Dassault- Aviation (avions de combat).
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