Gantry 5

 

N° 862 25/02/2024  Un terrible bilan humain
Le conflit militaire de haute intensité déclenché le 24 février 2022 sur le territoire de l'Ukraine par ce que la Fédération de Russie qualifie d'opération spéciale, dure depuis deux ans. Le bilan humain de cette guerre est terrifiant. Des centaines de milliers de morts et de blessés, des destructions massives qui se chiffrent par dizaines de milliards d'euros, l'exode de millions d'ukrainiens et la misère pour des millions de travailleurs et dans le même temps, l'enrichissement des capitalistes ukrainiens et russes comme de leurs alliés qui se gavent des crédits militaires.
D'où vient cette guerre ?
Notre parti a dès le début attiré l'attention sur les raisons qui ont conduit à cette situation. Elle prend racine dans le processus de dissolution contre-révolutionnaire de l'Union Soviétique et a entraîné la constitution de nouvelles classes oligarchiques capitalistes dans les anciennes Républiques soviétiques, classes qui se sont constituées et enrichies par le pillage de la propriété sociale, tandis que les travailleurs ont subi un choc terrible plongeant des millions d'entre eux dans la misère avec un recul sans précédent de leurs droits sociaux et politiques.
Si dans la phase initiale de destruction de l'Union Soviétique, les dirigeants des classes capitalistes en formation ont reçu un appui direct des puissances impérialistes et tout particulièrement des États-Unis, bien vite, les intérêts divergents quant-aux zones d'influence à conserver ou à conquérir des uns et des autres ont pris le dessus.
Cette lutte pour le contrôle des ressources naturelles, des voies de communications, des marchés, de la force de travail et des sphères d'influence n'est rien de moins que l'expression de la concurrence acharnée que se mènent les grands monopoles et les États à leur service pour s'assurer les taux de profits les plus élevés et permettre l'accumulation du capital. L'Ukraine, parce qu'elle se trouve sur une zone de rencontre entre la sphère d'influence des États-Unis, de l'Union Européenne et de leur système militaire qu'est l'OTAN et de celui du camp eurasien dont la Chine et la Russie sont la colonne vertébrale a été un enjeu de domination pour l'un et l'autre camp[1]. Si les oligarques russes et ukrainiens l'ont mise en coupe réglée, ces derniers ont finalement choisi le camp euro-atlantique. Cela a été le facteur déterminant des politiques menées par la classe capitaliste ukrainienne et tout particulièrement depuis le coup d'État de Maïdan en 2013-2014.
Une guerre au sein du système impérialisme
La guerre qui se déroule sur le territoire de l'Ukraine est une guerre impérialiste[2] et c'est ainsi que notre parti l'a analysée dans sa déclaration du 22 février 2022. Cette analyse, nous l'avons confirmée avec notre participation à la déclaration commune du 3 mars 2022[3] de dizaines de parti communistes de par le monde et qui déclarait : " Les développements de la situation en Ukraine, se déroulent dans le cadre du capitalisme monopolistique. Ils sont liés aux plans des États-Unis, de l'OTAN et de l'UE et à leur intervention dans la région dans le contexte de leur concurrence féroce avec la Russie capitaliste pour le contrôle des marchés, des matières premières et des réseaux de transport du pays. Ces actions sont dissimulées par les puissances impérialistes, qui sont en conflit en promouvant leurs propres prétextes tels que la « défense de la démocratie », « l'auto-défense » et le droit de chacun de « choisir ses alliances », le respect des principes de l'ONU ou de l'OSCE, ou soi-disant le « fascisme », tout en détachant délibérément le fascisme du système capitaliste qui le suscite et l’utilise." Cette déclaration a été confirmée par une nouvelle déclaration commune⁴ en mars 2023 des partis communistes et ouvriers dont notre parti est signataire et qui appelait à la lutte :" Nous appelons les peuples des pays impliqués dans la guerre à renforcer leur lutte contre la propagande des pouvoirs bourgeois qui poussent les peuples vers le "hachoir à viande" de la guerre impérialiste en utilisant divers prétextes fallacieux. Exiger que les bases militaires soient fermées et que toutes les troupes en mission à l'étranger rentrent chez elles. Renforcer la lutte pour le désengagement de leurs pays des organisations et alliances impérialistes telles que l'OTAN et l'UE. L'intérêt de la classe ouvrière et des couches populaires exige que le critère de classe soit renforcé dans l'analyse des évolutions, afin que les peuples dressent un front commun contre le camp des impérialistes, qui s'affrontent pour leurs intérêts, causant d'énormes pertes humaines, d'importants dégâts matériels, exposant l'humanité tout entière au danger réel de l'anéantissement nucléaire. Les travailleurs doivent tracer leur propre voie indépendante et renforcer la lutte des classes contre les monopoles, les classes bourgeoises et la guerre impérialiste, pour le renversement du capitalisme, pour le socialisme, qui reste plus nécessaire que jamais et montre la voie de la paix, l'amitié et la coopération mutuelle entre les peuples."
Après deux années de guerre où en est-on ?
Le rapport des forces sur le terrain reste relativement figé depuis un an. La contre-offensive ukrainienne de l'été largement soutenue et financée par les États-Unis, l'UE et l'OTAN, n'a pas amené d'évolution substantielle de la ligne de front. La Russie occupe toujours près de 20% du territoire ukrainien et a annexé ces territoires qu'elle considère maintenant comme faisant partie intégrante de la Fédération de Russie. Si de son côté l'Ukraine est considérablement affaiblie du point de vue économique, démographique, humain et donc militaire et ne tient que par le soutien financier, militaire et politique des puissances occidentales, la Russie a réussi à contourner les sanctions. Son économie a pris un régime de guerre lui permettant de renouveler et développer son potentiel militaire. Elle bénéficie de la neutralité voire du soutien de nombreux États dans le monde. Sa croissance économique la place aujourd'hui en progression dans le top 10 des puissances capitalistes mondiales. Elle a largement réorienté ses échanges vers la zone asiatique et tout particulièrement avec la Chine, zone asiatique dont le développement capitaliste est en plein essor[4].
L'évolution de la situation sert de prétexte aux dirigeants occidentaux pour accélérer la course aux armements, ce qui est une source de profits capitalistes énormes et en même temps elle les interroge sur la poursuite de leur soutien à l'Ukraine dans la perspective d'une capacité de la Russie à maîtriser la situation actuelle. 
Malgré la guerre les affaires entre capitalistes continuent
Tout montre donc que la Russie n'est pas un acteur mineur dans le système impérialiste. Elle possède des ressources naturelles, des réserves énergétiques et une industrie qui sont largement sous le contrôle de puissants monopoles publics et privés. Malgré la guerre et les sanctions, elle continue à commercer avec les entreprises capitalistes du camp euro-atlantique et réciproquement. Ainsi, la Russie fournit aux États-Unis une partie de l'uranium nécessaire au fonctionnement de ses 92 réacteurs. Son agence spécialisée continue à retraiter une partie des matériaux nucléaires issus des centrales européennes. Si le transit de gaz naturel par gazoducs a diminué, il n'en est pas interrompu pour autant, y compris celui passant par l'Ukraine donnant à cette dernière des redevances de transit et le Gaz Naturel Liquéfié russe arrive par bateaux dans les ports européens. Dans le même temps l'américain Chevron continue d'exploiter le pétrole au Kazakhstan et le transporte par pipe-line jusqu'au port russe de Novorossiysk d'où il est chargé sur des pétroliers.
La lutte anti-impérialiste
Dans un article consacré au conflit en Ukraine[5] dès le début de la guerre à partir de notre analyse sur le caractère impérialiste du conflit, nous avons clairement exprimé qu'il n'était pas question pour nous de rallier l'un ou l'autre camp mais de mener la lutte de classe contre le capitalisme et l'impérialisme et en tout premier lieu le nôtre : "Si l'Ukraine est aujourd'hui au centre des conflits au sein de l'impérialisme en Europe, c'est que la destruction de l'URSS a exacerbé les concurrences pour la domination du centre de l'Europe. Les anciennes puissances capitalistes se disputent le gâteau avec une Russie redevenue capitaliste et qui veut y assurer sa domination, en termes économiques mais aussi stratégiques d'un glacis à ses frontières de l'ouest. Les peuples n'ont rien à attendre de ces confrontations qui peuvent plonger l'Europe dans des crises pouvant aller jusqu'à la guerre. La voie de la lutte pour le socialisme, la coopération de nations et de peuples libérés du capitalisme est donc bien la seule voie possible pour une paix durable et solide en Europe."
Nous n'avons pas changé de boussole et nous avons continué à dénoncer le caractère néfaste du capitalisme comme porteur de la guerre. Nous avons à chaque occasion mené la lutte contre l'appartenance de la France à l'OTAN expression militaire de l'alliance euro-atlantique. Nous combattons les plans de réarmement et de militarisation de la société.
Dans le même temps, nous avons clairement dénoncé dans un document nommé : " À propos de la plate-forme anti-impérialiste mondiale"[6] les orientations néfastes pour le mouvement révolutionnaire qui se sont cristallisées dans cette dernière qui s'est clairement rangée dans un des camps impérialistes, celui de la Russie effaçant la réalité de la contre-révolution qui a mis fin à l'Union Soviétique. Dans le même temps, nous avons démonté la légende d'un nouveau monde multipolaire qui serait la base de la lutte anti-impérialiste[7] : " Pour le Parti Révolutionnaire Communistes, ces concepts de monde unipolaire et multipolaire sont des leurres. La réalité est que nous vivons dans un monde totalement ou presque gagné au capitalisme, ce qui signifie un aiguisement des conflits entre les puissances, l’idée de régler des différents par la guerre et le maintien des peuples sous le joug de l’exploitation. Ce n’est pas d’un monde multipolaire que nous avons besoin, mais d’un monde débarrassé du capitalisme, un monde sans puissance impérialiste, ni les États-Unis et leurs partenaires, ni leurs rivaux impérialistes."
En conclusion, nous réaffirmons nos analyses sur la nature de la guerre en Ukraine[8] et nous appelons et organisons la lutte des classes pour abattre le capitalisme et construire une société de coopération, de paix des producteurs et des peuples : une société socialiste. En permanence, nous faisons le lien entre la lutte pour les droits des travailleurs et des peuples et le renversement du capitalisme.
Paris le 24 février 2024
Notre brochure
brochure
 
Bulletin d'adhésion
bulletin d'adhésion
 
Affiche
affiche